André Kertész, marcher dans l’image

Roland Baumann
Le musée de la photographie à Charleroi consacre une de ses nouvelles expositions à André Kertész, un des plus grands photographes du 20e siècle. 
De ses débuts en Hongrie, jusqu’à l’essor de son talent en France, puis à New York, André Kertész a contribué aux recherches techniques et esthétiques de la photographie et influencé plusieurs générations de photographes.
Partagez cette publication >

Issu d’une famille bourgeoise juive, André Kertész (1894-1985) grandit à la campagne dans le village de Szigetbecse. Employé à la bourse de Budapest (1912), il se passionne pour la photographie qu’il considère comme un carnet de notes et d’esquisses. Servant dans l’armée austro-hongroise pendant la Grande Guerre, il photographie le quotidien des soldats. Blessé et envoyé à l’arrière, il publie ses premières photographies et gagne un concours organisé par un magazine hongrois. Sa photographie s’affirme d’emblée par la liberté et la diversité de son approche moderniste. Pour Kertész, la photographie est comme un journal intime visuel, un instrument permettant de décrire la vie.

Kertész émigre à Paris (1925) et vit à Montparnasse où il rencontre des figures de proue de l’art et de la littérature : Mondrian, Chagall, Zadkine, Foujita, Colette… Il flâne dans les jardins publics et sur les quais de la Seine, photographie les scènes de rue et vend ses images sous forme de cartes postales. Il organise sa première exposition personnelle (1927). Créé en 1928 par Lucien Vogel, le magazine VU fait appel à lui et à d’autres jeunes photographes juifs (Brassaï, Germaine Krull, Eli Lotar…). Produisant des images inattendues, plus poétiques que strictement documentaires, Kertész réinvente le reportage photographique et la photographie d’illustration. Sa renommée s’établit avec ses livres photos Enfants (1933), Nos amies les bêtes (1936) et Paris vu par André Kertész (1934). En 1936, Kertész signe un contrat avec l’agence Keystone et s’installe à New York où il réalise la maquette du livre de Capa, Death in the Making (1938). Il travaille pour d’importants magazines tels Harper’s Bazaar et Vogue. Longtemps sous contrat avec l’agence Condé Nast, il ne retrouve pas sa renommée parisienne et n’accède à la reconnaissance internationale qu’à partir de 1962 avec des expositions à la Biennale de Venise, à la BnF (Paris) et au MoMA.

Précision et maniabilité du Leica II

Montrée en 2019-2020 à la Maison Robert Doisneau, l’exposition André Kertész. Marcher dans l’image, analyse un moment décisif dans l’œuvre du grand photographe : les débuts de sa pratique du Leica en 1929-1936. Menée à partir des pellicules originales, conservées aujourd’hui en France par la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP), la recherche de longue haleine menée par Cédric de Veigy, lui-même photographe, permet de restituer le regard de Kertész dont la rencontre avec le Leica bouleverse la pratique photographique. Commercialisé en 1924, sorti sous une version plus aboutie, le Leica II, en 1932, cet appareil de petit format qui utilise la pellicule cinéma de format 35 mm, combine précision optique, maniabilité et légèreté. Comme le précise Cédric de Veigy, commissaire de cette surprenante exposition, en 1984, Kertész a légué à l’Etat français des archives comptant plus de 100.000 négatifs. Souvent découpées et réparties en fonctions des demandes éditoriales de l’époque, les bandes des films 35 mm de la période parisienne de Kertész composaient une masse fragments dépareillés de pellicule. Retrouvant la continuité des pellicules et rétablissant la chronologie des prises de vues, le travail minutieux de Cédric de Veigy permet de restituer la trajectoire attentive du photographe. Reconstituant la succession des prises de vues, il nous montre le cheminement du regard du photographe et ses rapports aux sujets de ses photographies.

Bref, l’exposition nous propose de percevoir les émotions qui guident le regard de Kertész au moment où il déclenche son appareil et capture l’image de son sujet sur la pellicule. Composée d’épreuves modernes réalisées à partir de la numérisation des négatifs originaux et encadrées par séries, Marcher dans l’image, représente un travail de recherche novateur et indispensable à notre vision de l’art d’André Kertész.

André Kertész. Marcher dans l’image, jusqu’au 16 janvier 2022, Musée de la photographie, 11 avenue Paul Pastur, B-6032 Charleroi. Du mardi au dimanche 10-18h; www.museephoto.be

guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Découvrez des articles similaires