Le retour de la race dans les nouveaux discours antiracistes

Alejo Steimberg
Le mot race n’a pas la même connotation dans toutes les langues et tous les contextes culturels. En Europe, notamment en France et en Belgique, la mémoire de l’usage de ce mot est fortement marquée par le souvenir de l’occupation nazie et de ses lois raciales. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu d’usage domestique ou autochtone du concept, loin de là, mais le trauma des horreurs de l’entreprise raciste hitlérienne hante à tel point les esprits qu’il a monopolisé les souvenirs et les connotations du mot.
Partagez cette publication >

Aux Etats-Unis, la situation est différente : le racisme institutionnel d’actualité jusqu’aux années ‘60 n’était pas le fruit d’une invasion étrangère mais un produit de leur propre histoire. Le concept de race continue donc d’être utilisé (sur base de l’auto-définition) pour se référer aux traits phénotypiques des personnes (Black ou African American, Asian American, White ou European American, etc), lors des recensements de la population.

Parler de race en anglais n’a pas la même signification que parler de race en français. Dans le monde francophone européen, le mot race a longtemps été cantonné à l’idéologie raciste, mais la nouvelle mouvance antiraciste qui s’est développée au XXIe siècle a changé la donne. En partie sur base des emprunts à des théories développées aux États-Unis, cette mouvance a construit un nouveau vocabulaire qui essaie de détourner le concept de race de ses origines racistes pour en faire un outil de lutte contre les discriminations.

Le but de la démarche est la construction d’un sujet politique constitué de ceux qui, de par l’histoire française et européenne, ont subi des discriminations liées à leurs origines qui ont conditionné leur possibilité d’ascension sociale. Si cette initiative est compréhensible du point de vue politique, elle n’établit pas moins une opposition essentielle entre deux groupes : les “Blancs” et les “non-Blancs”. Cette dialectique du conflit n’est pas acceptée par celles et ceux qui abordent la lutte contre les discriminations en se revendiquant de l’héritage universaliste. Il s’agit par conséquent d’un clivage profond qui divise le mouvement antiraciste; sa compréhension est une condition indispensable pour pouvoir construire des solutions ensemble. Dans les pages qui suivent nous essaierons de nous engager dans cette voie.

SOMMAIRE

Introduction

1. Race ? Nommer et définir la différence : les implications d’un concept

1.1. Le concept de race

1.2 Race en français et race en anglais, des faux amis

2. De la “race biologique” à la “race sociale” : itinéraire mouvementé d’un concept problématique

2.1. Racisation, de processus subi à identité revendiquée

2.2. Un lexique nouveau… mais pas unanime

3. Le nouveau lexique antiraciste en Belgique

3.1. Racisé : la construction d’un sujet politique

3.2. La religion, une race comme les autres ?

Conclusions

Bibliographie

guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Découvrez des articles similaires

La politisation du KKL israélien agite les communautés juives de diaspora

Alors qu’il célèbre cette année ses 120 ans d’existence, le KKL crée la polémique depuis que la presse israélienne a révélé que cette organisation riche d’un patrimoine foncier important et active dans la protection de l’environnement en Israël, aurait discuté de la possibilité d’acquérir des terres palestiniennes en Cisjordanie. Cette polémique ne laisse guère indifférents les Juifs de diaspora pour lesquels le lien émotionnel et concret à Israël s’exprime notamment à travers leur soutien au KKL.

Lire la suite »