Au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, une exposition internationale montre la place vitale qu’occupent les beaux-arts dans l’œuvre de Marcel Proust (1871-1922) et explique comment l’art a influencé l’illustre écrivain parisien. Les peintures, dessins, sculptures et manuscrits exposés reflètent des aspects de son travail, de sa personnalité et de sa vie.
L’esthétique de Proust, les univers artistiques et les artistes qui l’inspirent tout au long de son œuvre littéraire, en particulier dans À la recherche du temps perdu, sont au cœur des neuf salles de cette exposition madrilène dont le parcours débute sur son portrait, peint par Jacques-Émile Blanche en 1892. Les Plaisirs et les Jours (1896), son premier ouvrage publié, révèle sa passion pour les arts, en particulier la peinture, nourrie par ses visites au Louvre. Il admire van Dyck, la peinture hollandaise, les natures mortes de Chardin… mais aussi l’art moderne de Fantin-Latour et Manet. Cadre de la vie et de l’œuvre de Proust, Paris, capitale de la vie moderne, est peinte par Georges Stein, Pissarro, Renoir, Dufy… Le monde du théâtre et de la musique est évoqué par des portraits de Sarah Bernhardt (modèle de la Berma) et du compositeur Reynaldo Hahn, ami intime de Proust.
Un Paris moderne et élégant
Le personnage de Charles Swann, s’inspire de Charles Ephrussi, historien et critique d’art, grand collectionneur, et de Charles Haas, Juif converti, membre du Cercle de la rue Royale, club aristocratique peint par Tissot. Issu de la grande bourgeoisie juive, Swann contraste avec l’univers fermé des Guermantes. Son mariage avec Odette de Crécy, inspirée de Laure Hayman, accentue le clivage entre deux mondes. Nous découvrons des œuvres citées par Swann dans le roman : Diane et ses nymphes de Vermeer, des photographies d’époque de grisailles peintes par Giotto à Padoue. Un buste d’Anatole France par Bourdelle, rappelle l’admiration de Proust pour cet écrivain qu’il rallie à la cause de Dreyfus. Le monde des Guermantes est représenté par d’élégants portraits du comte Robert de Montesquiou (modèle du baron de Charlus) et de la comtesse de Noailles, et les luxueux peignoirs de la comtesse Greffulhe (modèle de la duchesse de Guermantes).
Venise, que Proust visite, occupe une place majeure dans son imaginaire, évoqué par des œuvres de Tintoret, Turner, Whistler, et Mariano Fortuny y Madrazo, peintre et couturier espagnol, actif à Venise et créateur d’un peignoir orientalisant de Proust. Proust admire l’architecture gothique et John Ruskin, qu’il traduit en français. L’exposition présente des dessins de Ruskin, ainsi que des photographies d’époque et des images de cathédrales françaises peintes par Corot, Boudin et Sisley.
Le début du XXe siècle voit l’essor des avant-gardes, le japonisme, les Ballets russes, peints par Léon Bakst, puis la Grande Guerre, bouleversant la vision du monde de Proust. Nous voyons Paris bombardé en 1918, des œuvres de Balla, Léger, Cocteau, Kupka… La salle suivante évoque le personnage du peintre Elstir, que lui inspire son ami le peintre Paul-César Helleu, et sa fascination pour Balbec, station balnéaire normande imaginaire, analogue à Deauville ou Trouville, peintes par Boudin, Renoir, Monet… et Helleu. Le parcours s’achève sur Le Temps retrouvé et le décès de l’écrivain. Une vitrine expose l’ensemble des volumes de À la recherche du temps perdu. Deux autoportraits de Rembrandt sont suivis de deux portraits de Proust sur son lit de mort, dont un émouvant dessin par Helleu.
Une exposition captivante témoignant d’un dialogue permanent entre la création littéraire et les formes artistiques qui l’ont nourrie.

Proust y las artes, Musée National Thyssen-Bornemisza, jusqu’au 8 juin 2025
Mardi à dimanche, 10h à 19h ; samedi, 10h à 23h, (fermé le lundi)
Paseo del Prado, 8. 28014, Madrid