Roman Polanski est né à Paris en 1933 juste après que ses parents aient quitté Cracovie la même année. Trois ans plus tard, retour à Cracovie, malheureusement. Au début de la guerre, le père prend la décision absurde d’envoyer sa femme, Roman et sa sœur, son aînée d’une dizaine d’années, dans une Varsovie soi-disant plus sûre, mais la ville sera bombardée durant deux semaines. Quelques mois plus tard, le père vient les chercher et ils retournent à Cracovie où, en 1941, ils emménagent dans le ghetto, autour de la fameuse pharmacie polonaise (« aryenne »), Pankiewicz. Avec les premières rafles, Roman est envoyé à la campagne chez des Polonais qui, comportement classique, prennent l’argent et virent le gosse. Au fil du temps, le ghetto se resserre de plus en plus, les appartements se vident, les rafles se multiplient.
La mère est arrêtée, puis le père, la sœur a disparu. Roman, jeune garçon débrouillard qui a la chance de ressembler à un petit paysan polonais, est livré à lui-même. Il a dix ans, il ne va pas à l’école et ne sait pas lire, mais il s’intéresse déjà vivement à la transmission du son et des images. À la campagne, d’autres Polonais le traitent bien, cette fois. « Ces gens sont bons », dit-il. « Antisémites jusqu’à la moelle, mais bons. Si vous leur aviez dit que Jésus ou Marie étaient Juifs, ils vous auraient tué. » Mais ils ont sauvé le petit Polanski.
