Regards n°1120

Happy place

Délaissons les pastèques un instant, voulez-vous ? Marchons vers notre happy place, espace psychique de bonheur imprescriptible : les derniers otages vivants sont revenus de Gaza le 13 octobre dernier, deux ans jour pour jour après le sanglant Sim’hat Torahdu 7 octobre 2023, curieux et heureux hasard du calendrier hébraïque. Après deux ans de captivité, ces 20 hommes enlevés chez eux ou au festival Nova ont enfin repris la vie qui leur a été confisquée pendant 738 jours. Sept cent trente-huit.

Dès l’annonce de leur libération la veille, les Juifs du monde étaient scotchés à leurs écrans (on n’avait pas vu ça depuis la première diffusion de La Vérité Si Je Mens à la télé belge) ; quelle émotion, à la vue de ces fils retrouvant leurs familles !

Pensons au père de Bar Kupershtein, paralysé depuis un accident de voiture, se levant tel Lazare pour serrer son fils dans les bras, comme si un seul miracle ce jour-là ne suffisait pas. On ne se lasse pas de repenser à la photo d’Eitan Mor, le visage écrabouillé d’amour entre celui de ses parents, dans un gros plan tellement serré qu’on se sent invité dans leur étreinte collective. En parfait archétype judéo-maternel, Einav Zangauker a fait passer en un seul souffle à son fils Matan le questionnaire que chaque enfant Juif a connu au retour d’une journée d’école : maviemonhérosmonamourtueslàtumasmanquétuasfaimtuassoiftuveuxmangerquelquechose ?

Alors, on gomme la cassure, le lien a persisté, et on s’accroche au premier geste, à la première action de nos ex-otages dans leur vie qui aura connu deux naissances. Ils rient aux éclats, pleurent de joie, embrassent et enlacent leurs parents, leurs frères et soeurs, leurs grands-mères, leurs amis, et pour certains, leurs enfants. Le sourire d’une oreille à l’autre d’Omri Miran jouant avec Roni et Alma comme s’ils ne s’étaient jamais quittés est plus contagieux qu’un Covid-19 pré-confinement ! Guy Gilboa-Dalal redécouvre les joies du chocolat avec une mine d’enfant qui en mange pour la première fois de sa vie, mi-incrédule mi-jubilatoire.

Avant même d’avoir eu le temps d’envisager de s’inscrire sur J-date, Ziv Berman, kidnappé en même temps que son frère jumeau Gali, se fait coiffer au poteau par son amie Emily Damari, elle-même ex-otage, qui publie sur les réseaux sociaux : « À toutes les femmes qui se posent la question et ne sont pas sûres de la réponse : Ziv est célibataire ! »

Quant à la palme des increvables humour et amour juifs, si prompts à reprendre du service, elle revient sans aucun doute aux frères israélo-argentins David et Ariel Cunio (enlevés avec six femmes et enfants de leur famille, libérés entre la trêve de novembre 2023 et janvier dernier) : David se cache dans un recoin du salon d’accueil des familles et bondit devant sa femme Sharon en criant « Bouh ! », et Ariel, retrouvant sa fiancée Arbel Yehoud en présence de toute la famille, lui roule une galoche à faire fondre une patinoire.

Écrit par : Noémi Garfinkel

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