Regards n°1120

La Bonne étoile

France 1940, Jean Chevalin et sa famille vivent dans la misère. Convaincu que « certains » s’en sortent mieux, il se fait passer pour Juif afin d’accéder à la zone libre. De malentendus en révélations, il va entrainer sa famille dans ce grand périple qui déconstruira ses préjugés. Rencontre avec Pascal Elbé, scénariste, réalisateur et acteur de La Bonne étoile, cette comédie tragique aux dialogues ciselés, plus que bienvenue.

Quel a été le point de départ de ce film ? 

Pascal Elbé : Il y a quelques années, j’étais dans un café, et j’ai entendu une famille juive évoquer une catastrophe qui lui était arrivée, ils avaient perdu quelque chose ; au même moment, j’ai entendu, à une autre table : « Je ne m’inquiète pas pour eux. Ils s’en sortiront », sous-entendu « ils ont toujours les moyens (matériels/relationnels) de s’en sortir ». J’ai été interpelé par le fait que des gens vivaient un drame et que d’autres sortaient ces réflexions à l’emporte-pièce, au même moment. J’ai poursuivi la réflexion en me disant : « Le drame le plus ultime des Juifs en France, c’est l’occupation de 1940 : je vais faire en sorte qu’un type pense exactement la même chose que ce voisin de table. Puisque les stéréotypes ont la peau dure, on va voir ce qui va se passer ! ».

Quand avez-vous initié ce projet ?

P.E. : J’ai écrit la première ligne du scénario il y a sept ans. Lorsque je l’ai terminé il y a cinq ans, on m’a lancé : « Tu es fou, tu ne peux pas raconter ça ! ou Quelle est la modernité de ce récit ? » alors que ça fait des années qu’on est dans l’anticipation de tout ce qui se passe aujourd’hui. Sentant le vent mauvais se lever, j’avais réagi avec « mes armes » – le cinéma – en me gardant bien de faire un film anxiogène. J’imaginais plutôt une bonne comédie avec des éléments de la réalité, un conte ponctué de scènes qui prêtent à réflexions. La « modernité » et « l’urgence » se sont révélées après le 7 octobre 2023. Mon projet est ressorti des tiroirs et on est venu me chercher pour le réaliser. Si La Bonne étoile s’avère une petite lumière dans la nuit, je ne veux pas qu’il soit pris « en otage » dans l’actualité : je l’ai écrit bien avant « tout ce bordel » !

À quel public avez-vous pensé en écrivant ce film ?

P.E. : A tous les publics ! Je ne pense pas à des spectateurs juifs et/ou non juifs. Et je n’ai pas vulgarisé des passages pour que les personnes non juives comprennent. Je leur fais éminemment confiance. Il était très important pour moi de ne pas faire un film communautariste ni qu’il s’inscrive dans le folklore juif.

Comment avez-vous abordé vos protagonistes ?

P.E. : Pour mes personnages aussi, j’ai voulu sortir des clichés ; avec mon rôle de Goldstein pour commencer, mais aussi avec une galerie d’êtres presque bons, des presque méchants, tout comme des soldats allemands qui ont aussi subi la guerre 40-45 et qui ont parfois fermé les yeux. Cette période est un laboratoire de l’humain extraordinaire où on s’y révèle pour le meilleur et pour le pire. Ses zones grises permettent de raconter mille choses, à l’opposé de notre époque et de ses injonctions à choisir immédiatement son camp, ce qui ne m’intéresse pas.

Vous vous êtes entouré d’acteurs « populaires » et « comiques »

P.E. : Ces acteurs dégagent une humanité absolue dans leurs côtés les plus sombres et les plus lumineux. Pour moi, Benoît Poelvoorde est le digne héritier de Bourvil. Je pense aussi à tous ces grands clowns qu’on a adorés depuis Chaplin, en passant par ces figures de la bonne tragicomédie italienne, comme Nino Manfredi, Vittorio Gassman ou Ugo Tognazzi. Il n’y a rien de plus noble que de faire rire et d’émouvoir… et tout le monde ne nous émeut pas. Audrey Lamy et Benoit Poelvoorde ont une simplicité touchante, ils arrivent à nous faire rire, rêver et réfléchir. Ces clowns-là sont éternels.

Sortie en salles : le 12 novembre 2025

R : La musique nous prend aussi par la main…

P.E. : J’avais en tête le thème de La Vie est belle de Roberto Benigni. La recherche a néanmoins été longue parce que la musique d’une tragicomédie n’est ni tragique ni comique. Il fallait trouver cet entre-deux. Les compositeurs, Valentin Couineau et Romain Allender, ont très bien travaillé. Ils ont mis l’esprit de Cinéma Paradisio ou de Il Postino, dans les mélodies – films qui font littéralement partie de ma culture. Sergio Leone disait : « la musique, c’est l’âme du personnage ». Il fallait donc cerner cette légèreté dans les notes pour ne pas juger Chevalin. Et pour le chant yiddish ? On a eu un coach local, dans les Vosges. Cela dit, pour la séquence du kiddoush, je dois reconnaître qu’on est plus sur un air nord-africain qu’ashkénaze. C’est un conte.

Écrit par : Florence Lopes Cardozo

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