On a souvent reproché à Patrick Modiano d’écrire toujours le même livre. Lui-même, chaque fois, promettait d’essayer de faire autrement. Et puis, c’était fatal, il nous redonnait le même livre, avec le même talent et la même grâce. Là, il nous présente, avec le musicien Christian Mazzalaï, un livre vraiment autre. Ce ne sont plus ses souvenirs personnels noyés dans la brume d’une mémoire défaillante, mais la mémoire d’un lieu parisien méconnu du public, de l’histoire de l’art mais non de l’histoire des artistes. On a toujours considéré que pour ce qui était de l’art moderne, c’était d’abord à Montmartre qu’il avait éclos, autour du fameux Bateau-Lavoir cher à Picasso et à tant d’autres. Puis l’art, après la Grande Guerre serait « descendu » à Montparnasse. Il n’en est rien. Il est une adresse, au 70 rue Notre-Dame des Champs, à Montparnasse donc, avant Montmartre, où se succédèrent nombre d’artistes (Courbet, Renoir) et d’écrivains (Ezra Pound, Hemingway, Tourgueniev, Stevenson).

C’est l’objet de ce nouveau Modiano que d’évoquer la mémoire singulière de ce lieu cosmopolite et inspiré. Avec le charme habituel de son écriture empreinte de nostalgie pour les choses disparues. Mais où sont les neiges d’antan ? se demandait François Villon. Il fallait que Modiano nous les redonne à voir, l’espace d’un beau livre.






