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Un doctorat honoris causa pour Madame Albanese ? Un choix qui interroge*.

À l’attention du recteur de l’Université d’Anvers et de son équipe,

Ancienne étudiante de l’Université d’Anvers (UIA), je me permets de vous adresser cette lettre pour vous faire part de mon profond sentiment d’inquiétude et d’incompréhension. Il y a plus de trente ans, j’ai reçu dans vos institutions un enseignement fondé sur la liberté d’expression, la rigueur intellectuelle et une distinction claire entre faits et opinions. J’y ai appris à défendre l’universalité des droits de l’homme, à penser avec nuance et à rejeter toute forme de radicalisme. C’est précisément à la lumière de ces fondements que l’attribution d’un doctorat honoris causa à Madame Francesca Albanese suscite aujourd’hui de sérieuses interrogations.

La critique d’un gouvernement est légitime, elle constitue même un pilier fondamental de toute démocratie. Mais nier le droit à l’existence d’un État membre des Nations Unies dépasse le cadre de la critique légitime. En laissant entendre en février dernier qu’Israël est « l’ennemi commun de l’humanité » aux côtés de dirigeants du Hamas et de la République Islamique d’Iran, tous deux responsables de violences massives et assassinats à l’encontre de leur propre population, Madame Albanese révèle une posture idéologique marquée par une hostilité obsessionnelle envers Israël et, implicitement, envers le peuple juif. Un tel discours s’inscrit dans une rhétorique de stigmatisation qui réactive des schémas conspirationnistes anciens. Il s’agit d’une dérive haineuse incompatible avec les responsabilités d’un Rapporteur Spécial des Nations Unies.

Ce mandat doit être exercé en toute indépendance, impartialité, objectivité et intégrité. Ces exigences sont ici sérieusement remises en question par les prises de position publiques de Madame Albanese. Quant aux engagements professionnels de son époux, ancien conseiller financier du ministère des Finances de l’Autorité Palestinienne ils soulèvent aussi des interrogations légitimes en termes de conflits d’intérêts. Par ailleurs, l’usage par Madame Albanese de slogans politiquement chargés tels que « From the river to the sea, Palestine will be free » implique l’effacement de l’État d’Israël. Le rôle d’un Rapporteur Spécial n’est pas celui d’un militant politique ; il exige une impartialité incompatible avec l’adoption de slogans politiques.

Les déclarations de Madame Albanese après les attaques du 7 octobre 2023 sont aussi particulièrement troublantes. Elle a qualifié le Hamas de « mouvement de résistance » tout en minimisant et contestant les crimes documentés : 1.200 personnes assassinées, 251 personnes prises en otages, viols et violences sexuelles… Ce ne sont pas des actes de résistance ! Ces évènements barbares relèvent d’une attaque terroriste préméditée, visant délibérément des populations civiles. Le Hamas est d’ailleurs reconnu comme organisation terroriste par la législation belge et par de nombreuses instances internationales. Employer une terminologie de « résistance » en attenue délibérément la gravité et constitue une inversion morale grave et déformatrice aux conséquences lourdes.

La défense des droits de l’homme n’est pas une tâche qui s’exerce à géométrie variable. Madame Albanese ne semble pas s’offusquer des crimes du Hamas ni de ceux du régime de la République Islamique d’Iran. Le nombre de leurs opposants exécutés y est pourtant effrayant. Cette asymétrie révèle, à nouveau, son orientation idéologique et son obsession par rapport à Israël. Ce parti pris obsessionnel fragilise davantage encore la crédibilité de sa mission comme Rapporteur Spécial.

L’attribution du titre de docteur honoris causa engage la responsabilité de l’institution qui le confère. Cette distinction est censée honorer des personnalités incarnant l’excellence intellectuelle, le dialogue et la recherche rigoureuse de la vérité. En choisissant Madame Albanese, vos universités confèrent une légitimité académique à un discours polarisant, banalisant la violence et alimentant la haine.

Une telle décision entre en contradiction avec les valeurs fondamentales des institutions académiques et des Nations Unies. Dans ce contexte, l’octroi de ce titre à Madame Albanese n’est pas un honneur mais un déshonneur qui entame à la crédibilité de vos institutions.

Même dans un contexte aussi complexe que celui du Proche-Orient, nombreux sont ceux qui œuvrent pour la coexistence, le dialogue et la nuance. Ceux-ci refusent la simplification et la polarisation et s’efforcent avec courage de construire des ponts plutôt que d’alimenter les divisions. Ce sont précisément ces voix là qu’il conviendrait d’encourager et de reconnaitre en leur attribuant le doctorat honoris causa. Et non pas Madame Albanese.

Je reste bien entendu disponible pour approfondir cet échange et pour contribuer à une réflexion fondée sur le pluralisme, la tolérance et le débat, en espérant que les faits puissent à nouveau être distingués des opinions. 

* Lettre ouverte adressée au recteur de l’Université d’Anvers. 
Aucune réponse ni accusé de réception n’a été envoyée à son auteur.

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