Éminent sociologue et historien, Pierre Birnbaum se propose ici d’examiner la situation sociale, politique, intellectuelle des écrivains juifs au tournant du XXe siècle dans la Mitteleuropa, aux Etats-Unis, en Europe occidentale. Leur rapport à l’assimilation rêvée ou impossible, au sionisme naissant, à l’antisémitisme omniprésent, à la nostalgie ou non d’un passé mythique, par exemple du shtetl désormais en voie de décomposition, du hassidisme (tel Martin Buber) ou encore de la langue yiddish (tel Kafka). Dans tous les cas, ils se confrontent au malheur de la condition juive, qu’ils la fuient ou la revendiquent. Parmi ces auteurs : Freud, Zweig, Roth, Kafka, Cohen, Bassani, Svevo, Proust, Zangwill, Samuel Bellow ou Nemirovski… On rêve souvent d’assimilation ou, version américaine, du fameux melting pot, terme inventé par l’Anglais Israël Zangwill. Mais c’est un leurre : l’antisémitisme vous rattrape toujours. Surtout dans les années trente.

Beaucoup de Juifs ne voudront pas voir la vérité, l’imminence du danger de vie et de mort. Nos auteurs sont en général hostiles au sionisme (hormis Zangwill, favorable à n’importe quel territoire pour les Juifs). Ils sont en général hostiles à la révolution bolchévique, hormis, côté français, un Jean-Richard Bloch, resté stalinien jusqu’au bout. En général, ils pensent que les Juifs, en politique, ont intérêt à se faire discrets Ils se défient de la participation des Juifs à des gouvernements : l’antisémitisme à leur encontre sera inévitable. En conclusion, Birnbaum cite la célèbre phrase de Heinrich Heine de 1844 : « Le judaïsme n’est pas une religion, c’est un malheur », constat auquel il semble adhérer.






