L’autrice se met dans la peau de la mère de l’écrivain Georges Perec, Cécile Perec (orthographe polonaise de Peretz). Un livre pathétique dont le titre reprend discrètement ceux de Georges Perec, La Disparition et Les Choses. Nous voici à la gare de Lyon à l’automne 1941. Cécile accompagne son fils de cinq ans, une pancarte autour du cou indiquant son identité, pour un voyage affrété par la Croix-Rouge en direction de Grenoble, à la montagne, dans un home d’enfants à Villard-de-Lans. Pourtant, à cette époque de l’Occupation, on ne parle pas encore vraiment de la persécution des Juifs. Alors pourquoi cette séparation déchirante sur le quai n° 11 de la gare de Lyon, séparation que l’enfant ne comprend pas ? Deux recommandations de Cécile à Georges : leur adresse, 24 rue Vilin, Paris XXᵉ, et leur ascendance bretonne (et surtout pas juive !). Quant au père, André, militant communiste comme bon nombre de Yidn de Belleville, il s’est engagé, à l’instar de nombreux Juifs polonais de Paris, dans la Légion étrangère, dans le but d’obtenir la nationalité française, et il sera tué dès les premiers combats.
La narratrice se livre alors à une enquête. Elle commence par interroger les amis de Perec, quatre au total, des écrivains qui ne savent rien de Cécile. Georges ne parlait jamais de sa mère et ne se présentait pas comme juif. Ensuite, évidemment, elle lit tous ses livres. Et elle interroge les innombrables « péréquiens » qui savent tout sur l’auteur des Revenentes, sur ses jeux avec la lettre « e », absente, figurant l’absence de sa famille et des Juifs déportés. Récit pathétique d’une identification obsessionnelle avec l’enfant Georges orphelin, avec le sort de Cécile, dont Perec écrit dans W : « Elle mourut sans avoir compris. » Compris quoi ? Ce n’est pas qu’il n’y a rien à comprendre, certainement pas. Mais il y a là de l’incompréhensible — pour Perec l’écrivain, pour Cécile sa mère, pour Olivia Elkaïm, pour nous lecteurs.

Et puis s’est posée pour Olivia Elkaim — dont le père, originaire d’Algérie, comprend mal qu’elle s’intéresse aux Ashkénazes, « si tristes comme chacun sait » — la question de savoir si elle avait le droit d’écrire sur ces trois morts : André, tué au champ d’honneur ; Cécile, assassinée à Auschwitz en février 1943 ; et Georges, mort prématurément d’un cancer des poumons à quarante-six ans. C’est l’ami de Perec, Marcel Bénabou, qui le lui dira : « Écrivez le livre que Georges n’a pas pu écrire. » Olivia s’y emploiera, avec délicatesse et piété.






