Lorsque nous lisions, à sa parution en 1975, Être un peuple en diaspora (Éditions Maspero), et que nous avions traversé la « révolution » de Mai 68 à Paris ; lorsque le Bund, le trotskisme, l’attente du Grand Soir ne nous rebutaient pas, nous tombions volontiers d’accord pour adhérer aux thèses de Richard Marienstras, l’intellectuel juif de gauche par excellence, éminent spécialiste de Shakespeare. En gros : les Juifs formaient un peuple dont la vocation était de vivre — et de continuer de vivre — en diaspora. Antireligieux, antisioniste, antiléniniste.
Notre histoire, aujourd’hui, n’est plus la même. Le sionisme s’est imposé, même s’il revêt, comme on sait, d’inquiétants oripeaux. Et les leçons de la Shoah se sont approfondies. Mais notre vie même en diaspora n’est-elle pas encore rendue possible grâce à l’existence d’Israël ?

C’est en tout cas ce qu’affirme l’éditeur de ce petit ouvrage, Michel Valensi. Marienstras eût-il fait sien ce sentiment, lui qui prônait indéfectiblement la « vocation minoritaire » du peuple juif, à l’instar d’ailleurs de son amie Rachel Ertel — même s’il combattit courageusement en 1948, à vingt ans, dans la Haganah, lors de la guerre d’Indépendance ?
Le génocide même des Juifs d’Europe n’est-il pas une tragique mise en cause de ce néo-bundisme résolument diasporique et minoritaire, indifférent, sinon hostile, au sionisme, sans pour autant récuser l’existence de l’État d’Israël ? Il est bon de relire Marienstras pour nous replonger dans un moment de notre histoire.






