Dans Nessi’a, Voyage au cœur des mythes & traditions juives, Mireille Dahan propose une relecture laïque et contemporaine des grands récits bibliques. Fidèle à la structure du texte originel tout en en offrant une interprétation éclairée, il invite à redécouvrir la Genèse et les grandes fêtes juives sous un regard neuf. Entre patrimoine spirituel et réflexion culturelle, il explore le judaïsme comme une tradition en dialogue constant avec le monde.
L’ouvrage est destiné aux préadolescents et jeunes adolescents. Il est né de la nécessité, pour Mireille Dahan, directrice pédagogique à l’école Beth Aviv et professeure de judaïsme pour l’Année des Bnei-Mitzvah au CCLJ, de répondre à ces trois questions essentielles : Comment conter la Bible aux jeunes du XXIe siècle ? Comment partager ces histoires anciennes ? Comment nos esprits rationnels et scientifiques peuvent-ils appréhender de tels récits ?
Pour l’auteure, il s’agit à la fois de rester fidèle à la tradition juive de questionnement et d’interprétation du texte, tout en permettant une lecture contemporaine et personnelle, pour en tirer des réflexions individuelles comme universelles. Dans son introduction, Mireille Dahan expose ses choix. Elle prend également de temps de rappeler en quoi consiste le corpus biblique, et de préciser des repères historiques et chronologiques.
L’ouvrage propose d’abord sa lecture de certains textes : la Genèse (Béréchit), l’Exode (Chemot), le livre d’Esther. Ces chapitres sont complétés par l’évocation de fêtes juives auxquels ils sont associés : Roch Hashana, Pessah et Pourim. Un dernier texte, non biblique, introduira la fête de Hanoucca.
Dans sa présentation des épisodes qu’elle a choisis de raconter, Mireille Dahan mêle traduction du texte biblique, commentaires issus de la tradition et interprétations personnelles. Dans son résumé de la Genèse, elle propose une lecture du récit biblique de la création du monde proche des théories scientifiques, dans un style épique, voire poétique. Les illustrations (un ptéranodon et une créature marine préhistorique) renforcent ce lien avec notre connaissance actuelle de la préhistoire.
Mireille Dahan insiste sur les ressemblances évidentes entre de nombreux récits cosmogoniques, comme le récit de la création de l’humain à partir de glaise. Son commentaire invite toujours à une réflexion personnelle et contemporaine. Elle souligne ainsi la dimension patriarcale du texte biblique. À titre d’exemple, elle cite la lecture traditionnelle, qui présente la création de la femme à partir d’une côte de l’homme. De manière générale, elle considère que les femmes de la Bible sont réduites à jouer le rôle d’épouses, de sœurs, ou de mères, et à s’imposer par la ruse. Elle invite donc le lecteur à « relire le texte pour y libérer la pensée féministe et trouver l’égalité des genres ».
Lecture plus accessible du récit biblique
Mireille Dahan mêle le récit biblique et d’autres sources juives. Elle tire de chaque récit des réflexions, évoque des sentiments universels, comme la fraternité ou la jalousie, des concepts plus modernes, comme le sexisme, ou des idéaux, comme l’égalité entre les peuples, la condamnation de l’esclavage ou l’existence de lois humaines (les lois noahides). Elle n’hésite pas à prendre certaines libertés pour rendre la lecture plus accessible. Ainsi, la ville de Babel est remplie de « maisons à étages » et sert de tremplin à un questionnement sur la diversité des langues et des cultures. De la même manière, l’histoire de Joseph se clôture sur une réflexion sur la résilience, et le compare, de manière assez surprenante, à Ghandi, Harriet Tubman et Nelson Mandela. La présentation de la Meguila d’Esther est très libre, elle aussi, prolongée par un questionnement sur les bases historiques de cet épisode et l’évocation de la fête de Pourim.
Enfin, le livre se termine par un récit non biblique, l’histoire de Liora (ma lumière). Ce conte moderne relate comment une petite fille découvre une lampe à huile de l’époque de Hanoucca et se voit transportée dans le temps, en pleine révolte des Maccabées. Une brève réflexion sur la résistance contre l’assimilation clôture la présentation de la fête de Hanoucca.

Chaque chapitre est complété par un lexique, qui explique les termes employés, souvent empruntés à un registre de langue soutenu. L’ouvrage est richement illustré. Très colorés, les dessins prolongent les textes et invitent le lecteur à s’évader. La cohérence graphique met en valeur la structure de l’ouvrage.






