Kwibuka 30 -Rwanda, désobéir ou laisser mourir ?

Projection du documentaire « Rwanda, désobéir ou laisser mourir ? » (écrit par Joël Kotek, réalisé par Valérie Inizan) dans le cadre de la semaine mémorielle Kwibuka 30.
OÙ : Centre Communautaire Juif LaÏc - Rue de l'Hôtel des Monnaies 52, 1060 Saint-Gilles
QUAND : 15 avril, 2024 20:00

Rencontre-débat

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La projection sera suivie d’une discussion en présence de Joël Kotek, de Félicité Lyamukuru, rescapée et fondatrice de Ikivi Mémoire & Education

Dès les premières heures du génocide, près de 2.500 Rwandais en majorité tutsi se réfugièrent à l’École technique officielle (ETO) de Kigali où se trouvait cantonné un important contingent de soldats belges, sous uniforme onusien. Cinq jours plus tard, le 11 avril 1994, les parachutistes belges reçurent l’ordre d’évacuer vers l’aéroport les seuls expatriés et quelques rares Rwandais. Aidés par des militaires français, ils quittèrent l’ETO au grand désespoir des réfugiés qui tentèrent de les arrêter en s’accrochant aux camions. Les Belges durent tirer en l’air pour se dégager. Dans les heures qui suivirent, tous les Tutsi furent exterminés sur place ou sur la colline de Nyanza au terme d’une marche de la mort. Parmi eux, l’ex-ministre des Affaires étrangères Boniface Ngulinzira, l’un des principaux hommes politiques rwandais opposés à la dictature du président Juvénal Habyarimana que son escorte belge avait précisément exfiltré à l’ETO pour assurer sa protection ! Moins d’une soixantaine survécut au massacre général. Un drame identique se rejoua le même jour à l’IFAK, une autre école tenue par les Salésiens, où s’étaient réfugiés des centaines de Tutsi apeurés. Tous à l’exception d’un couple seront assassinés dans les minutes qui suivirent le départ des soldats belges. Sans avoir été un lieu protégé, des soldats européens, dont des Belges, évacueront “les seuls les blancs” de l’hôpital psychiatrique Nderah où, là aussi, s’étaient naïvement réfugiés des milliers de Tutsi qui seront à leur tour tous exterminés.

Ce conflit illustre les concepts de baïonnettes aveugle et intelligente. Une baïonnette aveugle est une expression qui désigne le refus d’un militaire d’assister des civils en danger, par peur de compromettre sa mission (Dallaire) ou de s’exposer à des représailles (ETO). C’est une forme caractérisée de non-assistance à personne en danger, qui est punie par le droit international humanitaire et le droit pénal. A l’opposé, on désigne par l’expression baïonnette intelligente l’obligation d’un militaire de refuser d’exécuter un ordre manifestement illégal, même s’il vient de sa hiérarchie. C’est une forme de désobéissance civile, qui est justifiée par le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Poursuivie par des rares rescapés du massacre, dont la veuve de l’ex-ministre des Affaires étrangères qui fut assassiné le 11 avril, la Belgique n’a pas été condamnée et ce, au contraire des Pays-Bas dans la séquence génocidaire de Srebrenica en Ex-Yougoslavie. A suivre les conclusions de la Cour d’appel de Bruxelles, ce n’était pas l’État belge qui était en responsabilité dans l’affaire de l’ETO de Kigali mais l’ONU dont dépendait le contingent belge. La réalité des faits est bien plus complexe comme l’établira notre documentaire. C’est bien la Belgique qui a ordonné l’évacuation de ses soldats comme le confirmera notamment le lieutenant Lemaire en charge de l’ETO : « C’est une trahison personnelle de la Belgique mais nous n’avions pas le choix. En fait, je me trouvais avec un extincteur devant un building en feu et la Belgique disposait de camion de pompiers nécessaires ; Ils ne sont jamais arrivés. (…) Certains réfugiés nous ont demandé de les tuer plutôt que de les laisser sur place. Je n’avais pas d’autre possibilité que de les abandonner. » Beaucoup de casques bleus belges disent avoir laissé leur âme à l’ETO.

« Pourquoi ? J’ai été littéralement happé par les événements du Rwanda dès les premiers jours d’un génocide dont on refusait de dire le nom. Sans trop pouvoir l’expliquer, j’ai immédiatement mesuré le drame qui s’y jouait. Le fait d’être un fils de deux rescapés de la Shoah n’y est sans doute pas pour rien. »

Un film écrit par Joël Kotek, réalisé par Valérie Inizan, 2024, 52’

Avec la Voix de Sonia Rolland
Conseillère historique Hélène Dumas du CNRS
Produit par Simone Harari Baulieu et Ted Anspach
Une coproduction  Palmyra Films et Effervescence Doc 
Avec la participation de France Télévisions

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