Sous couvert de fermeté, des lois révèlent surtout une inquiétante régression morale. L’adoption par le Parlement israélien d’une loi instaurant la peine de mort pour les terroristes palestiniens appartient à cette catégorie. Elle ne procède ni d’une réflexion stratégique lucide ni d’un attachement aux principes fondateurs de l’État d’Israël, mais d’un mélange de racisme, de populisme et de calcul politique.
Qu’Itamar Ben Gvir ait cru bon de brandir une bouteille de champagne pour célébrer ce vote en dit long sur l’esprit qui anime ses promoteurs : une jubilation déplacée et indécente face à la perspective de la mort, comme si la justice devait se confondre avec la vengeance. Ni lui ni Benjamin Netanyahou ne semblent éprouver le moindre scrupule à réserver la potence aux seuls Palestiniens. Une telle sélectivité donne à ce texte une coloration indéniablement raciste, incompatible avec l’idée même d’un État de droit.
Pour être promulguée, cette loi devra toutefois franchir la Cour suprême, saisie par les opposants en raison de son caractère discriminatoire. Car l’histoire israélienne avait tracé une autre voie. La peine capitale, abolie en 1954 pour les crimes ordinaires, fut maintenue uniquement pour les crimes de génocide — et encore, son application resta exceptionnelle. Lors du procès de Adolf Eichmann en 1961, alors même que se tenait à Jérusalem le procès de ce criminel nazi, des figures intellectuelles majeures telles que Martin Buber ou Gershom Scholem s’élevèrent contre son exécution. Non par indulgence, mais par fidélité à une certaine idée de la justice, irréductible à la mise à mort.
Réintroduire aujourd’hui la peine de mort constitue une rupture grave avec cet héritage. Ce n’est pas seulement une mesure sévère : c’est un glissement vers une brutalité institutionnalisée.
Plus encore, cette loi est d’une inefficacité manifeste. Elle prétend dissuader des individus pour lesquels la mort est souvent intégrée, voire recherchée, comme horizon. Les responsables sécuritaires eux-mêmes mettent en garde contre ses effets pervers : glorification des condamnés, tensions accrues dans les prisons, escalade de la violence à l’approche d’éventuelles exécutions. Loin de renforcer la sécurité, elle risque d’alimenter le cycle qu’elle prétend briser.
Ainsi, sous l’apparence de la force, cette loi trahit une faiblesse : celle d’un État qui, au lieu de s’appuyer sur ses principes démocratiques et humanistes, cède à la tentation de l’exception permanente. Elle divisera la société israélienne, heurtera ses valeurs les plus profondes et suscitera, à juste titre, une réprobation bien au-delà de ses frontières. Car une démocratie se juge moins à la manière dont elle combat ses ennemis qu’à ce qu’elle refuse de devenir en les combattant.








