23andMe

Noémi Garfinkel
Cette société de biotechnologie californienne fondée en 2006 vous fait cracher dans un petit tube, remplir un questionnaire portant sur les régions, langues et antécédents de santé de vos ancêtres (même si vous ne les connaissez que partiellement), et dépiaute le code génétique contenu dans votre salive pour y déceler, par recoupement avec d'autres profils de sa base de données, la moindre prédisposition à telle ou telle maladie, ou le plus petit pour cent d'ADN batave ou levantin que vous ignoriez.
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Depuis sa création, les prétentions de l’entreprise en matière de santé ont été drastiquement réduites par l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA), le principal produit commercialisé est donc ce test génétique permettant de trouver des ancêtres, des parents éloignés, ou de faire toute la lumière sur vos origines.

C’est ce qui est arrivé à Larry David, créateur de la série Seinfeld, dans une version simplifiée et télévisée de cette quête des origines. À l’issue d’une émission à laquelle Larry semblait regretter d’être venu, vint le moment de révéler de quel(s) groupe(s) ethnique(s) -et en quelles proportions- était constitué son patrimoine génétique, parmi quatre principaux : européen, asiatique, américain autochtone, africain subsaharien. À la surprise de l’intéressé, mêlée d’incrédulité et de profond ennui, le présentateur dévoila au comique qu’il était un mauvais Juif, son prélèvement affichant « seulement » 63% d’ADN européen. Que pouvaient donc bien recouvrir les 37% restants ? Larry David n’est pas, comme il le croyait, un simple affilié à la tribu d’Israël, de mère ukrainienne et de père allemand, mais aussi, sans le savoir, l’éminent membre d’une autre tribu, celle des Native Americans.

En 15 ans d’existence, 23andMe a testé plus de 11 millions de personnes, dont près de 9 millions ont accepté que leurs données viennent nourrir sa colossale base de données. Ainsi des Juifs séfarades se sont découvert des ancêtres ashkénazes, des prétendus « Français depuis Saint-Louis » ont pu identifier une branche espagnole/portugaise à leur arbre généalogique, ou de pseudo-purs Italiens ont vu leur identité augmentée par la superposition des influences grecque, normande et arabe, passées par la Sicile au cours de l’histoire. Tout ce petit monde plus riche, complexe et ouvert, démontre une fois de plus l’aberration du concept de pureté génétique, et au-delà, que le manque de brassage, du point de vue spécifique de la santé, représente un réel facteur de risque. À l’évidence, on est en meilleure forme quand ses parents ne sont pas cousins germains.

Pour ma part, 23andMe m’a fait découvrir 1/ une lointaine influence chypriote (exprimée par une passion sans limite pour le halloumi), 2/ l’opulente fratrie d’un grand-père mythomane (et leurs innombrables descendants) totalement inconnus de ma famille, nous offrant ainsi un potentiel point de chute dans chaque coin du globe, et 3/ non pas un, ni deux, ni même trois, mais bien quatre cousins éloignés octogénaires du nom de Theodore Shapiro.  

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