Regards n°1117

Manayek, quand l’ordre ne rime pas avec la loi

Avec Manayek, série noire venue d’Israël, la fiction rejoint une réalité troublante : celle d’un État gangrené par le crime organisé et la corruption policière. Dans la lignée de The Wire, ce thriller haletant explore les arcanes d’un système policier miné par les compromissions. Porté par un héros fatigué mais tenace, Manayek révèle un visage sombre d’Israël, loin des clichés.

« Le jour où Israël aura ses voleurs, ses bordels et ses trafiquants, on saura qu’il est devenu une nation comme les autres », aurait déclaré David Ben Gourion. Il n’y a malheureusement aucune trace précise de cette citation très célèbre. Il n’empêche, plus de 77 ans après la création de l’État d’Israël, nul ne pourra nier que sa prophétie s’est réalisée. Et ce n’est pas Manayek, l’excellente série policière israélienne, qui démontrera le contraire.

Apparue à la télévision israélienne (Kan 11) en 2020, cette série nous plonge durant trois saisons dans l’univers du crime organisé israélien. Peuplée de prédateurs cruels pour lesquels la vie humaine ne vaut pas grand-chose, cette société parallèle se divise en une multitude de gangs meurtriers qui parviennent sans trop de difficulté à surmonter les barrières ethniques et religieuses en nouant notamment des liens très étroits avec des clans mafieux arabes. Ils s’évertuent surtout à corrompre des policiers et des responsables politiques pour mieux infiltrer les rouages de l’État. Plusieurs épisodes montrent qu’ils y parviennent très bien et que, si l’on n’y prend pas garde, leur influence grandissante risque de transformer Israël en une république bananière

Une police brutale minée une corruption omniprésente

En abordant la question de la corruption policière, Manayek évoque immanquablement l’Américaine The Wire (HBO) ou à la Britannique Line of Duty (BBC). Et comme ces deux séries, Manayek ne présente pas la police israélienne sous un jour particulièrement favorable : une police brutale minée par des tensions internes et une corruption omniprésente. La série dégage une atmosphère quelque peu morne et sombre, à la manière de Serpico et d’autres films policiers du début des années 1970 : tout le monde fume et boit du mauvais café, personne ne sourit et il semblerait que chaque responsable des forces de l’ordre ait son propre agenda et ses combines les plus tordues.

« Manayek » signifie « cafard » ou « rat ». En argot, ce terme est utilisé pour qualifier les mouchards et aussi les agents de l’inspection des Affaires internes, « la police des polices » en Israël. Ce terme, le personnage principal, Izzy Bachar, l’entend souvent. Quinquagénaire bedonnant au regard de chien battu et à l’allure de fonctionnaire de bibliothèque communale, il n’a rien d’un Clint Eastwood dans Dirty Harry. Il travaille au département des enquêtes internes de la police, au sein duquel il traque les policiers véreux ou violents. Une tâche ardue, qui exige une pugnacité à toute épreuve, tant les policiers font corps pour étouffer les affaires.

Alors qu’il est au seuil de la retraite, Izzy Bachar se voit confier un dossier qui va lui poser un lourd cas de conscience. Après une fusillade mortelle survenue près de Tel-Aviv, le jeune policier auteur des coups de feu est arrêté. Lors de son interrogatoire, il met directement en cause Barak Harel, son supérieur hiérarchique et commissaire en chef de Rishon LeZion. Mais Barak Harel est également le meilleur ami d’Izzy Bachar ! Ce dernier refuse de s’occuper de l’affaire en raison d’un conflit d’intérêts potentiel. Mais ses supérieurs des Affaires internes veulent qu’il s’implique afin de pouvoir exploiter leur amitié et mettre le téléphone d’Izzy sur écoute dans l’espoir d’obtenir des preuves contre Barak Harel. 

Cette enquête s’étendant sur les trois saisons sera l’occasion pour Izzy Bachar de résoudre la plus grande énigme criminelle de sa carrière et de démanteler un réseau meurtrier de criminels organisés qui remonte jusqu’au Premier ministre, en passant par des magistrats, des hommes d’affaires et de policiers haut-gradés.

L’efficacité de cette série prenante se fonde surtout sur l’expérience de policier à Tel-Aviv de son scénariste Roy Iddan. Il restitue formidablement l’atmosphère régnant dans ces commissariats mais aussi les rapports troubles que ces policiers entretiennent avec le milieu qu’ils sont censés combattre.

Manayek – Trahison dans la police

Trois saisons

Disponible sur arte.tv jusqu’au 31/01/2026

Écrit par : Véronique Lemberg

Esc pour fermer

edito
Juste une illusion, ou le début d’autre chose
Éditorial de Nicolas Zomersztajn
Nicolas Zomersztajn
Antisémitisme
bloc note
Triste anniversaire
Bloc-notes d'Elie Barnavi
Elie Barnavi
Israël
yadan
Loi Yadan : l’impossible consensus
Portée par la députée française Caroline Yadan pour contrer les « nouvelles formes d’antisémitisme » dont l’antisionisme, la proposition de loi suscite
Laurent-David Samama
Antisémitisme
féminismes
Plaidoyer pour un féminisme lucide et intersectionnel
Militante féministe, Diane Richard vient de publier Lutter sans se trahir (Éditions Stock). Dans cet essai, elle défend l’idée que(...)
Nicolas Zomersztajn
Société
jérémie
À l’ombre de la guerre contre l’Iran, la Cisjordanie s’embrase
Depuis des semaines, pendant que les regards étaient tournés vers Téhéran, une autre dynamique se jouait loin des projecteurs. En(...)
Jérémie Renous
Israël
israel nord
Au nord d’Israël, un cessez-le-feu sans apaisement
À Kiryat Shmona, le retour au calme après cinquante jours de guerre contre le Hezbollah n’efface ni la peur ni(...)
Jérémie Renous
Israël