On emploie très fréquemment l’expression de « civilisation judéo-chrétienne” », moi le premier, pensant qualifier ainsi, de façon commode, notre Occident. Eh bien, on a grand tort. C’est du moins l’avis de l’historienne et chercheuse Sophie Bessis. Car la juxtaposition de ces deux adjectifs relève de la pure idéologie, voire de l’imposture. On voit cette expression dans la bouche et sous la plume d’hommes politiques qui se donnent comme mission (sacrée ?) de sauver l’Occident contre ce qu’il faut bien appeler la barbarie. Si le Barbare chez les Grecs désignait l’homme qui ne parlait pas le grec, le mot désigne aujourd’hui un sauvage. Or, qui serait l’autre, de nos jours, du judéo-chrétien. Il ne faut pas chercher bien loin : c’est le musulman. D’ailleurs, nous rappelle Sophie Bessis, le Juif, depuis longtemps sorti du ghetto, aujourd’hui modèle même de l’occidental, fut naguère considéré au contraire, dans une vision souvent antisémite, comme un « Oriental », voire un Asiatique. Que le « judéo » fasse entièrement partie de l’Occident, est chose nouvelle. Des milliers d’ouvrages nous l’ont montré : les Juifs, « peuple déicide », furent constamment persécutés par l’Eglise. D’un autre côté, par ce couple « judéo-chrétien », l’islam est expulsé, relégué, renvoyé dans un ailleurs inassimilable, irréconciliable et menaçant. C’est qu’à partir du XIXe siècle, nos sociétés respectives, européenne et orientale, ont cessé de se comprendre : la première s’est sécularisée, l’autre est restée régie par la loi divine. Tout cela est bel et bon.

Mais certains propos de la suite de l’argumentation de l’historienne ne laissent pas d’inquiéter. Elle met en cause certaines écoles juives qui contreviendraient aux lois de la République, alors même qu’elles sont sous contrat avec l’Etat. Et elle ressort cette vieille antienne antisémite : le fameux diner du CRIF où accourent tous les chefs d’Etat, signe qu’il y aurait deux poids deux mesures entre l’islam et le judaïsme. Sans compter le djihad, qui est radicalement étranger, qu’on sache, au judaïsme. Pour le coup, une vraie menace, qui n’est pas qu’un fantasme occidental.






