Regards n°1119

Zoé Grumberg, Militer en minorité ? Le secteur juif du Parti communiste français après la Libération, Presse Universitaire de Rennes, 338 p.

Qui se souvient, qui se souviendra d’eux ? Oui, ils sont bien oubliés tous ces Juifs immigrés d’Europe orientale qui crurent que le communisme sauverait l’humanité de tous les maux, la misère, la guerre, le racisme et l’antisémitisme. L’historienne Zoé Grumberg leur rend hommage et décrit minutieusement leurs parcours, génération après génération. Elle le fait sous la forme d’une thèse, un exemplaire travail de recherches devenu aujourd’hui un livre. Dépouillement de fonds d’archives, notamment des organisations juives communistes d’après-guerre, rencontres avec d’anciens militants et de leurs enfants. Il y est beaucoup question des FTP-MOI, ceux par exemple de la célèbre Affiche rouge auxquels rendit hommage le poème d’Aragon que chanta Léo Ferré. Si l’accent est mis sur l’après-guerre, il fallait bien que l’auteur remonte aux années 1920-1930, avec la création par le Parti de la MOE (Main d’œuvre étrangère) devenue MOI (main d’œuvre immigrée), formée par « groupes de langues » dont un groupe de langue yiddish dirigé par Louis Gronowski, essentiellement des Juifs polonais, un des plus importants. Ils lisaient Di Naye Presse (la Presse Nouvelle). Ils se définissaient tous comme communistes, mais dans une distance plus ou moins importante avec le Parti, très intégrateur. 

Se sont-ils assimilés ? Justement non. Ils sont restés juifs, au grand dam, parfois, des dirigeants du Parti qui voulaient en faire autant de « prolétaires », surtout s’ils vivaient dans un quartier populaire et encore très juif de Paris, comme Belleville et Ménilmontant. Être juif et communiste ne leur semblait pas incompatibleIls étaient des Juifs sans judaïsme, mais ne reniant pas leur judéité, leur culture. Ces hommes et ces femmes, dont l’idéal était grand, ne méritent pas qu’on les oublie, même s’ils furent souvent et délibérément aveugles devant les mensonges et les crimes d’un certain Joseph Staline.

Écrit par : Henri Raczymow

Esc pour fermer

génocide
Du concept à l’accusation : comment faire d’Israël un État génocidaire
Qualifier Israël d’État génocidaire est devenu pour certains une évidence. Cette accusation repose largement sur une théorie en vogue dans(...)
Nicolas Zomersztajn
Société
extrême droite juife 1
Extrême droite : Les Juifs comme caution, Israël comme alibi
Le Vlaams Belang se veut aujourd’hui l’un des plus fervents défenseurs d’Israël et de la lutte contre l’antisémitisme en Belgique.(...)
Nicolas Zomersztajn
Politique, Antisémitisme
masculinisme
Masculininisme : quand la haine des femmes rencontre celle des Juifs…
De TikTok à YouTube, les nouveaux prophètes de la virilité séduisent des millions de jeunes hommes à travers le monde.(...)
Laurent-David Samama
Antisémitisme, Société
_Visuel ARTICLE REGARDS 2025-2026 (2)
La sélection estivale de Tamara Weinstock
Pour accompagner les longues journées d’été, Tamara Weinstock vous propose une sélection de livres à dévorer sous le soleil :(...)
Tamara Weinstock
Culture
livre samama
Poltava, New York et leurs fantômes
Dans Les Fantômes de Poltava (Éditions Héliopoles), Fabrice Lardreau remonte le fil d’une vie brisée par la guerre. À travers(...)
Laurent-David Samama
Culture
je lis nos coeurs
Tala Albanna et Michelle Amzalak, Nos coeurs invincibles, Correspondance entre une étudiante à Gaza et une étudiante en Israël, présentée par Dimitri Krier, Nouvel Obs/Flammarion, 165 p.
Pour comprendre quelque chose à la situation à Gaza et au conflit israélo-palestinien après les massacres du Hamas du 7
Henri Raczymow
Culture