Pionnier de l’art cinétique, Yaacov Agam est l’un des artistes israéliens les plus reconnus à l’échelle internationale. Exposées dans de grands musées tels que le Museum of Modern Art de New York et le Centre Pompidou à Paris, ses œuvres se caractérise par un mouvement induit par le déplacement aléatoire du point de vue du spectateur. Cette année, le Prix Israël des arts visuels (peinture, sculpture et photographie) lui sera attribué à l’issue des célébrations du 78e anniversaire de la création de l’État d’Israël.
Né en mai 1928, Yaacov Agam, père de l’art cinétique, a voulu briser la tradition de l’art comme représentation de ce que l’on voit, d’une manière somme toute immobile, pour en arriver à interpréter le vécu, le visible dans son cadre réel, c’est à dire en perpétuel mouvement, en perpétuelle transformation et sujette aux variations du temps et de l’espace. Tout cela a été une véritable révolution pour l’art dans une période du XXe siècle déjà fertile, qui avait vu naître un grand nombre de nouveaux courants artistiques.
Arrivé en France en 1951, s’est différencié totalement de ses pairs en réalisant des œuvres qui se transforment, impliquant les visiteurs de ses expositions, qui étaient priés de déplacer des pièces de ses tableaux. Tout cela n’était nullement improvisé. Agam avait bien pensé, étudié sa vision de l’art pour ensuite l’expliquer clairement dans Transformable TransformablesGalerie Denise René. New York, Paris. Mai 1971et dans Yaacov AgamÉditions du Griffon, Neuchâtel, Suisse. 1962. Pour la première fois dans l’histoire, un peintre décida de quitter la peinture habituelle à deux dimensions, qui semblait intouchable, pour ouvrir les portes à un monde tridimensionnel, et, plus tard, dans son long parcours artistique, introduisant le temps comme ultérieure dimension, à un monde quadridimensionnel.
Œuvre cinétique
Par sa conception de l’art cinétique, Agam crée la sollicitation d’un mouvement qui se produit dans l’œil du visiteur durant ses déplacements devant l’œuvre. Yaacov Agam a également inventé la technique qu’il a appelée « agamographe ». Il s’agit d’une œuvre cinétique qui combine deux images distinctes sur un support plié en accordéon. L’image change selon l’angle de vue du spectateur. Yaacov Agam évoque également les racines profondes de son œuvre en ces termes : « J’aimerais préciser l’importance de trois facteurs qui sont à la base de toute ma recherche et de toute mon œuvre: le fait d’avoir grandi sur le sol d’Israël, cette terre pleine de traditions, mais qui toutes ont dû être recréées d’une façon nouvelle pour trouver leur place dans la vie moderne; le fait d’être le fils d’un rabbin qui a tenté toute sa vie de dissocier l’esprit de la matière; le fait d’avoir pris connaissance de la Kabbale, et d’avoir par elle, jugé nécessaire la recherche d’une vérité intérieure. »
Poursuivant sa quête d’innovation, Agam réalise alors des œuvres de grande envergure souvent destinées à décorer d’amples espaces. Dans les années 1960 on lui doit Double Métamorphose II dans le hall d’entrée du Museum of Modern Art de New York ; Échelle de Jacob, décor du plafond du foyer du National Convention House à Jérusalem. Signalons encore le remarquable mural La Paix et la Vie qui orne le Salon des Représentants au Conseil de l’Europe à Strasbourg et qui a la particularité, vu de côté, de reproduire les drapeaux des premiers pays fondateurs du Conseil de l’Europe. Quelques années passent et Agam réalise le Salon Agam à l’Élysée, aménagement de l’antichambre des appartements privés du président au Palais de l’Élysée, commandité en 1972 par Georges Pompidou, salon qui incluait les murs, le plafond cinétique ainsi que les portes colorées, mobiles et transparentes. Démonté sur ordre de Valéry Giscard d’Estaing, à qui l’œuvre ne plaisait pas, le Salon Agam est exposé depuis 2000 au Centre Pompidou ; il s’en suivra en 1977 la fontaine monumentale édifiée sur le Parvis de la Défense à Paris, où l’on peut admirer le lancement de 66 jets d’eau verticaux atteignant les 14 mètres.
En 1986 Yaacov Agam installe sa magnifique et désormais célèbre Fontaine en design « art cinétique » du square Dizengoff à Tel Aviv. Il lui aura fallu dix ans pour la réaliser.
En décembre 2012, Agam ouvre au public la plus grande hanoukkia au monde, d’une hauteur de 9,75 mètres, qui est la dimension maximale autorisée par la loi hébraïque. Pour la décoration de cette immense sculpture, Agam s’est inspiré d’un dessin de Maïmonide. On doit utiliser une grue pour monter ceux qui doivent procéder à l’allumage des bougies. Chaque année la hanoukkia est démontée lorsque Hanoukka se termine.
En septembre 2016 s’ouvre au public le Yaacov Agam Museum of Art à Rishon LeZion. Pour l’entrée du musée, Yaacov Agam a imaginé une petite « forêt » de plus ou moins 36 colonnes colorées de plusieurs facettes et dédiées à la mémoire de son épouse décédée Amoudeï Klila. Ces colonnes accompagnent les visiteurs à l’intérieur du musée, où l’image perçue change selon l’angle d’où on l’observe. Il a fallu près de six ans à l’artiste pour réaliser cette « forêt ».
Le Prix Israël pour l’année 5786 sera remis à Yaacov Agam à l’issue de la célébration Yom Haatzmaout. Le comité du Prix Israël tient à souligner son rôle pionnier dans la transition des arts visuels traditionnels vers de nouveaux langages, influençant ainsi l’art tant israélien qu’international, et mettre en avant une carrière caractérisée par l’intégration de l’art formaliste à l’iconographie juive kabbalistique.





