So far, so Close

Noémi Garfinkel
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Quel est le point commun entre les manifestations anti-Israël anti-démocratie anti-occident anti-tout qu’on peut admirer à Londres par temps clair, les démonstrations houthies hybrides (mi-chorégraphie mi-parade militaire) et les happenings lugubres de Samidoun à Bruxelles ? Notre cellule d’experts s’interroge.

Serait-ce la médiocrité littéraire ? Une phrase, une dizaine de syllabes, deux rimes plus pauvres que Job, et ces aspirants poètes se croient Lord Byron après Elle marche dans sa beauté. « From the river to the sea, Palestine will be free », « We don’t want 2 states, we want 48 », « Yemen, Yemen, make us proud, turn another ship around » … Ces imbéciles devraient s’en tenir à Tiktok, où leurs influenceuses-mode semi-analphabètes pourraient faire la promotion de « Canon en manif’, 22 façons de nouer son keffieh en toute neutralité de genre », et « Faux sang, vraie plaie : vis ma vie de ménagère en lutte pour ravoir les tâches incrustées dans les vêtements ». Moins de texte, moins de prise de tête.

Mais si ce n’est la qualité d’expression qui fédère ces idiots, serait-ce la puissance esthétique de leurs représentations ? L’art engagé ne transcende-t-il pas tout ? N’éveille-t-il pas les consciences, ne conduit-il pas à l’extase ? Pour les rebelles Houthis, rien n’est moins sûr. Car si la prouesse technique de danser pieds nus sur un drapeau israélien -donc fourbe et glissant- arme semi-automatique à la main, ou de marcher, toujours armé jusqu’aux dents, en équilibre sur un pneu de camion, mérite d’être saluée, on ne peut que déplorer l’austérité des décors et des costumes, et l’absence de joie patente des danseurs/artistes circassiens de ces spectacles en non-mixité misogyne choisie.

Mais en quoi cela nous concerne-t-il, à Bruxelles ? Nous ne subissons pas toutes ces fautes de morale et de bon goût. Eh bien si ! Et pour cela, nous devons remercier Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, dont l’étonnement candide face à la montée de l’antisémitisme en Belgique serait touchant s’il n’était pas si grossièrement feint. Comment ? Qu’est-ce que j’apprends ? On profane des cimetières ? On souille l’espace public avec des croix gammées ? On agresse des citoyens ? Les Belges juifs ont peur ? Cela aurait-il un lien avec le fait que j’autorise les rassemblements de Samidoun, où défilent des drapeaux nazis et des enfants au visage subtilement recouverts de peinture rouge, où des femmes bâchées sont plantées dans le hall de la Gare centrale comme des parasols abandonnés, parées de faux linceuls ensanglantés tandis que leurs complices, courageux héros masqués, appellent à la haine et à la violence ?

Outré par le rassemblement récent d’admirateurs de Mussolini nostalgiques du fascisme à l’italienne, il a publié sur les réseaux sociaux (dans un élan de bravoure l’exposant à plus de danger que s’il prenait son bain avec un grille-pain) une invitation à « résister en levant le doigt (notez l’élégance) quand les bras se lèvent pour l’extrême-droite ». Il condamne donc toute forme d’antisémitisme, feignant d’ignorer qu’il en est aujourd’hui, par son inaction, en partie responsable. Il y a ce qu’on dit. Et il y a ce qu’on fait. L’exemplarité résulte de l’adéquation entre les deux. Sans continuité entre le discours et les actes, on est presque un modèle. Et quand on a failli être un exemple, on a tout simplement failli.

 

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Franco
Franco
20 jours il y a

Bravo. Close est un hypocrite. Et vous le démontrez bien.

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