Regards n°1093

Burt Bacharach, un mensch de la pop-music

Disparu à 94 ans le 8 février dernier à Los Angeles, Burt Bacaharach a laissé une trace indélébile sur la pop-music anglo-saxonne. Avec la légèreté de ses compositions en forme de bulles de savon, ce génial compositeur a incarné à merveille l’insouciance des années 1960 aux côtés de nombreux auteurs-compositeurs juifs du Brill Building, cette « Jérusalem » de l’édition musicale située en plein cœur de Broadway.

L’immense Burt Bacharach s’est éteint chez lui, à Los Angeles au bel âge de 94 ans, mais son riche héritage de joyaux de la pop-music continuera longtemps à nous inspirer. Même s’il n’arborait pas son judaïsme en étendard, on peut dire qu’un vrai mensch nous a quittés. De ses débuts en tant que directeur musical de Marlene Dietrich à ses dernières collaborations avec Elvis Costello, en passant par sa résidence au légendaire Brill Building de Manhattan, véritable « synagogue musicale » fréquentée par Carole King et Jerry Goffin , Jerry Leiber et Mike Stoller( Elvis Presley), Barry Mann et Cynthia Weil (the Ronettes, the Drifters), mais aussi Paul Simon ( sous le pseudo de Jerry Landis), Mort Shuman, Phil Spector, Donald Fagen et Walter Becker ( les futur Steely Dan) et bien d’autres feujs confectionneurs de tubes,  Burt Bacharach s’inscrit durablement dans la légende de la musique contemporaine.

Si Burt Bacharach pousse ses premiers cris à Kansas City, c’est dans le Queens à New York que le futur compositeur grandit au sein d’une famille juive. Son père Mark était un fameux éditorialiste pour la presse quotidienne, mais c’est surtout sa mère, Irma, peintre et compositrice, qui prend en charge son éducation musicale. Cependant, le jeune Burt préfère les improvisations jazz aux gammes des compositeurs classiques. C’est ainsi que de Montréal à la Californie en passant par New York, notre pianiste va étudier le jazz et l’art de l’improvisation.

Mais à 22 ans, Bacharach doit accomplir son service militaire. Par chance son talent au piano lui permet d’exercer son art au mess des officiers. Lorsqu’il est démobilisé, il va accompagner des crooners, dont Vic Danone ou Joey Grey, qui se produisent dans les « resorts » des Catskill Mountains, ces clubs de vacances fréquentés par les Juifs new yorkais.

Une ruche juive

C’est en 1956, alors qu’il n’est âgé que de 28 ans, que sa vie va prendre un tournant majeur lorsqu’il devient le directeur musical de Marlene Dietrich, qu’il va accompagner en tournée tout autour du monde. Après cinq années de périples, Burt Bacharach va quitter Marlene pour composer à plein temps des chansons que le monde entier allait pouvoir reprendre en chœur. Son rêve va s’accomplir au légendaire Brill Building situé au 1619 Broadway, au croisement de la 49e rue, qui regroupait alors la majorité des éditeurs de musique de l’époque. C’était une ruche vrombissante où les talents se comptaient au mètre carré, une ruche majoritairement juive, presque une synagogue, dont tous les « rabbins » débitaient à la chaine des tubes juste incroyables qui ont forgé la culture populaire américaine des sixties. C’est au Brill Building qu’il rencontre Hal David qui devient son partenaire en écriture. Ensemble, ils forgent leurs irrésistibles compositions et remportent leurs premiers succés ; mais c’est avec une jeune chanteuse de 21 ans du New Jersey, Dionne Warwick que Bacharach et David vont décrocher le jackpot : Walk On By, Say a Little Prayer, I’ll Never Fall In Love Again, Do You Know the May To San José… À Hollywood aussi, ils font des miracles, comme avec ce délicat What the World Needs Now pour le film Bob, Carole, Ted & Alice ou la sublime The Look of Love pour Casino Royale. Sans oublier l’entêtante ritournelle de Raindrops Keep Fallin’ On My Head dans Butch Cassidy et le Kid.

Tout au long de sa vie, cet homme aux doigts d’or n’aura eu de cesse de nous divertir de ses vibrantes compositions et de ses somptueux arrangements de cordes, entre pop et soul music. Prenez son I Say A Little Prayer pour Aretha Franklin ou l’émotionnelle Close To You pour les Carpenters, chacune est un petit bijou dont l’apparente simplicité dissimule tout le savoir-faire d’un compositeur majeur. L’homme était également un épicurien assumé. « J’apprécie chaque jour. Chaque jour est un trésor. J’essaie de ne pas penser trop loin dans le futur, mais de rester dans le moment présent et d’apprécier tout ce que j’ai », disait-il. Jusqu’à ses dernières radieuses collaborations avec Elvis Costello ou ses grandioses enregistrements live, comme celui de 2008 à l’Opera de Sydney, Burt Bacharach n’aura jamais perdu la flamme. Et elle brille désormais à jamais parmi les étoiles.

Écrit par : Gérard Bar-David

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