Pourim 5784 : Femme, Vie, Liberté, déjà au 4e siècle AEC

La fête de Pourim transcende les siècles en nous offrant le récit édifiant d’Esther, figure héroïque dont le courage exceptionnel a changé le cours de l’histoire du peuple juif. Le message et les valeurs que nous trouvons dans la Meguilat Esther sont d’une nature intemporelle et vont bien au-delà d’une commémoration annuelle. Au fil des pages Esther se révèle une femme audacieuse, risquant sa propre sécurité pour sauver son peuple de la menace d’extermination qui pèse sur lui. 

Cette année, plus particulièrement depuis le terrible enchainement déclenché le 07 octobre, cette trame narrative antique entre en résonance poignante avec notre réalité contemporaine. Alors que Pourim approche, nous pouvons éclairer à sa lecture les défis actuels liés à la persécution antisémite et à la condition féminine. Ainsi, l’histoire millénaire de Pourim extraite de sa dimension cultuelle peut devenir un prisme à travers lequel nous questionnons la compréhension du monde qui nous entoure et nous heurte. 

Nous sommes confrontés depuis octobre à la plus puissante résurgence de l’antisémitisme que nous ayons connu depuis bien longtemps. Ainsi, de nombreuses juives et de nombreux juifs se voient contraints de se faire plus discrets ou de cacher leur identité afin de préserver leur sécurité. Comment ne pas y voir la même situation que Hadassa, forcée de cacher sa judéité jusqu’au changement même de nom qui la fera appeler Esther. C’est pourtant au moment du plus grave danger, quand la violence contre les Juifs s’apprête à atteindre son paroxysme qu’elle fera le choix de se révéler telle qu’elle est vraiment. De la même manière, notre effacement de l’espace public ne résoudra pas la réalité de l’antisémitisme et une société libre ne peut se composer que de gens se rencontrant et reconnaissants à l’Autre son identité. Aujourd’hui, tout comme Esther se révéla au roi pour obtenir la grâce de son peuple, nous devons exiger de la collectivité notre sécurité et la reconnaissance de cette réalité. 

Au travers des personnages qui animent ce récit la question féministe ne peut être extraite de Pourim. Le personnage de Vashti, reine éphémère du début du récit et répudiée car refusant d’être exhibée par son époux tel un vulgaire objet vient illustrer dès le début du récit cette violence faite aux femmes. Il est impossible d’ignorer la résonnance frappante avec des réalités contemporaines. Trop souvent les femmes se retrouvent prises au piège de la violence et du désir des hommes en temps de paix et lors des conflits armés. Elles sont exposées à des actes de violence spécifiques que constitue l’utilisation des violences sexistes et sexuelles comme armes de terreur, tel que nous l’avons constaté le 07 octobre lors de l’attaque massive contre les populations civiles du sud d’Israël.  Cet abject phénomène trouve ses racines dans le désir de contrôler et de soumettre, transformant le corps des femmes en champ de bataille dans le but de déstabiliser les communautés, de générer peur et haine et d’affaiblir les structures sociales. 

Aujourd’hui à la lumière du récit de Pourim nous devons appeler à la justice pour les victimes et plus particulièrement les femmes tuées, violentées, agressées, dénigrées, invisibilisées. L’urgence de s’attaquer aux racines profondes de ces comportements, de lutter contre l’impunité et de promouvoir une culture de l’égalité et du respect s’impose à nous. Non seulement chez-nous, en temps de paix, mais également sur les théâtres de conflits en Israël, en Palestine, en République Démocratique du Congo et partout ailleurs. 

Dans le récit de Pourim Dieu est absent. Absent, caché, voilé, quelle que soit l’explication donnée il demeure que le récit ne base pas sa morale sur une intervention divine. Les personnages sont face à eux-mêmes et c’est leur volonté seule qui leur permet d’influer sur leur destin. Il en va de même pour nos réalités, qui ne pourront changer que si nous nous emparons des possibilités de faire entendre nos voix. 

Gardons en mémoire les actions courageuses et massives des femmes de Women Wage Peace et de Women of the Sun, si bien décrites dans le film d’Hannah Assouline « Les guerrières de la paix », et qui rassemblèrent ces dernières années des dizaines de milliers de militantes israéliennes et palestiniennes dans un même mouvement pour la paix. Opposée au virilisme mortifère de leurs classes politiques respectives, exigeons que leur exigence de dignité et de paix et que leur volonté puissent-être entendues partout.  

Écrit par : Pierre Briand

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