Ce petit ouvrage n’est pas une nouveauté. Deux raisons à ce que nous en parlions aujourd’hui. D’abord parce que je ne l’avais pas lu, même si je vouais une grande estime à son auteur, la philosophe Sarah Kofman, née en 1934, et même une grande admiration. Je n’ai pas oublié son si troublant Rue Ordener rue Labat, son dernier livre, écrit juste avant qu’elle ne se donne la mort à 60 ans en 1994. Un livre qui évoquait son enfance d’enfant cachée à Paris durant l’Occupation, la déportation de son père rabbin, la dame, une voisine affectueuse qui la recueillit et que Sarah considéra dès lors comme sa vraie mère, rejetant l’autre, qui prit très mal cette éviction. Et, plus tard, sa passion pour le tableau de Léonard de Vinci, Sainte-Anne qui se trouve au Louvre, tableau représentant précisément deux mères, Anne et Marie, indissociables l’une de l’autre. L’autre raison, très prosaïque, à ce que je parle aujourd’hui de ce livre sur Nietzsche et les Juifs, c’est que l’éditeur Galilée (qui est aussi celui de Derrida) a déposé son bilan et se défait de ses collections. Voilà, vous savez tout.
Nietzsche était-il antisémite, voire le père fondateur du nazisme ? Il y eut manipulation, nous dit la philosophe. D’abord par sa sœur Elisabeth, très antisémite quant à elle, et par les nazis eux-mêmes. Un Nietzsche antisémite est donc une falsification : « Nietzsche, écrit Sarah Kofman, ne cesse de prendre parti pour la subtilité et la malice juives contre la lourdeur bovine allemande. »

Qui dit mieux ? En matière d’art, il place Henrich Heine au sommet et préfère largement le léger Offenbach au pesant Wagner. Avouons-le : nous aussi.






