Si Eiffel est juif, sa tour aussi

A priori, il n’y a pas de quoi en faire un fromage, fût-ce de roquefort : ce 14 juillet, Shimon Pérès s’est rendu à l’ambassade de France afin d’adresser ses vœux à la patrie des Droits de l’Homme. Sauf qu’au détour d’une phrase, le Président de l’Etat a affirmé :

« Les symboles de la France et des États-Unis sont le fruit du travail d’artistes français, je pense évidemment à la Tour Eiffel et à la statue de la Liberté. Ce que l’on sait moins c’est que Gustave Eiffel était juif, donc nous avons aussi un petit rôle dans ces symboles »

Allons bon, cela l’a pris, lui aussi, cette manie de repérer l’origine juive des grands hommes. Bien sûr, cela n’a rien à voir avec les complotistes qui voient des Juifs partout, même là où il n’y en a pas : cela prouve seulement à quel point ils sont habiles pour se cacher.

Oui, mais chez nous, c’est juste une douce manie, une sorte de pensée magique : si Einstein est juif,  quelque part, je suis un type brillant. Et si Amy Winehouse est « des nôtres », qui peut  me reprocher ma façon d’interpréter  « Hava Naguila » sous ma douche ?

L’ennui dans ces étiquetages, ce sont ces non-Juifs qui -involontairement, on veut le croire- se sont appropriés des prénoms ou des noms à nous. Une coutume très répandue chez les protestants, par exemple.

Benjamin Franklin, Abraham Lincoln ou, Dieu garde, Sarah Palin. Ou encore Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne qui était cependant un fervent chrétien orthodoxe. Sans parler des rumeurs qui insinuent que nos plus terribles ennemis en sont, raison pour laquelle ils nous détestent.

Hitler, Heydrich, Kadhafi, Ahmadinedjad, tous auraient une arrière-grand-mère d’origine douteuse. Qu’en faire ? On les récupère malgré tout ? On les range dans la catégorie « Juifs emplis de haine de soi » comme disait Theodor Lessing, lui-même Juif avéré ?

Ah, collectionner les Grand Juifs est un hobby compliqué et si attentif soit-on, on se plante vite. Ce qui nous ramène à Gustave Eiffel. Dans son cas, l’affaire est pliée : d’origine allemande, ses ancêtres se sont installés en France. Leur vrai nom, c’était  Bönickhausen.

Imprononçable pour un Français moyen. Ils l’ont donc changé en Eiffel, bien plus facile. Classique chez les Ashkénazes soucieux d’intégration. C’est d’ailleurs ce que soupçonnaient les nazis quand ils occupèrent Paris.

Auquel cas, ils étaient résolus à dynamiter une Tour enjuivée. Ils ne l’ont pas fait. Faute de temps peut être. Ou parce qu’ils ont découvert la décevante réalité : la famille Bönickhausen-Eiffel est catholique depuis le XVIIème siècle. Minimum.

Certes, elle a bien changé de nom pour les raisons qu’on a dites mais ce n’était pas un usage à nous réservés. Allons plus loin, comme le pourtant près avisé président Pères n’a pas jugé bon de faire : le judaïsme se transmet par la mère, hé ?

Celle de Gustave Eiffel était une demoiselle Catherine Moneuse, fille de Jean-Baptiste Moneuse et de Jeanne Peuriot. Bien sûr, on peut subodorer que leurs vrais patronymes étaient Himmelschtik et Touresberg mais si quelqu’un peut le démontrer, il ne s’est pas encore manifesté.

Il n’y a jamais eu un soupçon de judaïsme chez les Eiffel, pas même un bouillon avec des krèpler (sorte de raviolis) le vendredi soir. Quant à ceux qui croient distinguer une trace de circoncision dans la glorieuse érection de la Tour, nous leur laissons la responsabilité de leurs obsessions

Voilà. Comme Oscar Niemeyer, Norman Jewison, Laurent Terzieff ou Pierre-André Taguieff, et même s’ils méritent tous de l’être, Gustave Eiffel n’est pas juif. Ceci étant, nos amis complotistes n’ont pas tout perdu : Eiffel était bel et bien franc-maçon…

*http://www.israelvalley.com/news/2013/07/16/40636/shimon-peres-le-14-juillet-gustave-eiffel-etait-juif

Écrit par : Ouri Wesoly

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