Se souvenir

Yom Hashoah 13 et 14 avril 2026 

Chaque année, la communauté juive de Bruxelles se rassemble pour commémorer Yom HaShoah, dont le nom complet est Yom HaShoah veHaGvoura, la « Journée de la Shoah et de l’Héroïsme ».

Organisée par le Comité Yom HaShoah, présidé par Madame Gitla Szyffer, cette journée rend hommage aux six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah, mais aussi à ceux qui ont résisté et à ceux qui ont survécu. Commémorée chaque année le 27 Nissan du calendrier hébraïque, elle constitue un moment essentiel de mémoire et de transmission.

Les 13 et 14 avril derniers à Bruxelles, la lecture des noms des déportés de la Caserne Dossin ainsi que des Juifs inscrits en Belgique et déportés depuis la France a une nouvelle fois rythmé vingt-quatre heures de recueillement. Retransmise sur Radio Judaïca, cette lecture ininterrompue mobilise chaque année des dizaines de participants, jeunes et moins jeunes, qui se relaient sans interruption pour faire entendre, un à un, les noms de ceux que l’on a voulu effacer de l’histoire.

La cérémonie de commémoration se poursuit ensuite au Mémorial national aux martyrs juifs de Belgique, conçu à la fin des années soixante par l’architecte André Godard.

L’architecture du monument frappe par sa force symbolique. Pensé comme un immense Magen David, le mémorial déploie ses hautes parois de béton brut dans un style caractéristique du courant brutaliste des années 1960. L’espace, fermé et silencieux, évoque une synagogue à ciel ouvert. Cette structure hexagonale porte à la fois l’image de l’étoile de David et celle d’une communauté brisée par la Shoah.

Au cours de la cérémonie, les prises de parole rappellent l’importance de préserver la mémoire de ceux qui ont connu la barbarie nazie, de ceux qui ont péri et de ceux qui ont résisté.

Mais les moments les plus bouleversants restent les témoignages.

Cette année, Arthur Langerman a livré le récit de son enfance volée par la Shoah. Né à Borgerhout, à Anvers, en 1942, il n’a pas encore deux ans lorsque ses parents sont arrêtés par les nazis en mars 1944. Internés à la Caserne Dossin à Malines, ils sont ensuite déportés vers Auschwitz-Birkenau par le convoi XXV du 19 mai 1944. Son père, Salomon Langerman, ne reviendra jamais des camps. Sa mère survit à Auschwitz et rentre en Belgique après la guerre. Arthur, lui, échappe à la déportation grâce à des réseaux de sauvetage qui le placent alors dans la « pouponnière Castro », rue Baron de Castro à Etterbeek. Il y passera là les deux années de 1944 et 1945 jusqu’au retour de sa mère. Au total, dix-huit membres de sa famille seront assassinés pendant la Shoah.

Aujourd’hui, Arthur Langerman consacre sa vie à la constitution d’une vaste collection d’iconographies antisémites. Affiches de propagande, caricatures, cartes postales, statuettes, objets du quotidien ou dessins liés à l’affaire Dreyfus et au nazisme composent cet ensemble unique, devenu un outil essentiel pour comprendre les mécanismes de diffusion de la haine antisémite à travers l’histoire européenne.

Les secondes intervention furent celles de deux élèves de l’Athénée Ganenou : Clara Wien et Misha Sznajer, ce dernier étant le petit-fils de M. Isy Sznajer, survivant du ghetto de Varsovie et témoin inlassable durant toute sa vie. À travers leurs mots se dessinait une question essentielle : comment transmettre, comment se charger de faire vivre cette mémoire pour eux qui en sont aujourd’hui les dépositaires. Alors que les derniers témoins directs de la Shoah disparaissent progressivement, le passage de la mémoire entre les générations devient plus que jamais une responsabilité collective.

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