Regards n°1114

Voyage mémoriel à Auschwitz et Cracovie

La transmission de la mémoire est l’un de piliers fondamentaux de la Jeunesse juive laïque (JJL). C’est pourquoi un projet mémoriel, comprenant un voyage en Pologne, est organisé, tous les deux ans, à l’attention des madrihim et futurs madrihim du mouvement.

Afin de pouvoir donner tout son sens à ce travail de mémoire, nous avons choisi de proposer à nos jeunes une démarche s’inscrivant dans le long terme, leur permettant d’aborder la mémoire sous différents aspects : historique, émotionnel, familial ou encore « transmissionnel ». Avec un public de cet âge, il nous paraît inopportun de proposer la visite des camps

d’Auschwitz-Birkenau sans encadrement : elle doit être préparée et exploitée de manière à en faire une expérience significative.

Les jeunes qui choisissent d’y participer ne le font pas seulement en tant que membres de la JJL, mais également en tant qu’héritiers d’une histoire particulière ou, plus simplement, en tant que citoyens.

Il s’agit pour eux de découvrir, de comprendre, de s’intéresser, de réfléchir et de devenir acteurs du « Plus jamais ça ! ». Et cela ne se fait pas en un jour ! En effet, il s’agit de plusieurs mois de travail. Dès le début de l’année scolaire, les jeunes participent à différentes séances de préparation.

La première est dédiée aux prérequis. Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous avons pris le temps d’évoquer avec eux leurs craintes et leurs attentes par rapport au voyage. Chacun a pu partager les émotions que la perspective du voyage lui évoquait. Nous avons également abordé les raisons qui les poussaient à s’engager dans ce projet. Celles-ci étaient évidemment très variées, allant de la découverte de l’histoire familiale à l’importance de jouer un rôle dans la transmission, en passant par le simple désir de l’apprentissage. Il y avait finalement autant de raisons que de participants, et les jeunes ont pu percevoir l’aspect purement personnel d’une telle démarche.

Il a ensuite fallu s’assurer que chacun dispose des clés de compréhension nécessaires à l’appropriation du projet. Nous sommes revenus sur les faits historiques : les moments clés de l’histoire, les mesures antijuives, les mécanismes qui ont menés au génocide. En visionnant le film Le pianiste, nous avons abordé avec eux la réalité des ghettos, et l’histoire de ceux de Varsovie et de Cracovie. Enfin, nous avons insisté sur la distinction entre les camps de concentration et les centres de mise à mort, en abordant le cas particulier d’Auschwitz-Birkenau.

Les jeunes ont également eu l’occasion de rencontrer Ina Van Looy, directrice du Centre d’éducation à la citoyenneté du CCLJ « La haine, je dis NON ! », afin de découvrir l’album d’Auschwitz et d’en analyser certains clichés.

Après ces quelques mois de préparation, il était temps pour eux de se rendre sur place. C’est donc un groupe de 21 jeunes qui a pris l’avion pour Cracovie le 6 mars dernier, accompagné, entre autres de Laurence Schram, historienne et responsable des collections et des recherches de Kazerne Dossin. Dès son arrivée, elle les a guidés dans le centre-ville de Cracovie afin de leur montrer les traces de la vie juive. Les jeunes ont pris conscience que l’antisémitisme dans la région était présent et systémique depuis le XVe siècle.

La journée du lendemain était consacrée à la visite des camps proprement dits. Si celle d’Auschwitz I leur a paru « superficielle » au vu de la muséographie du lieu, celle de Birkenau, en revanche, les a beaucoup plus interpellés et touchés émotionnellement. Les jeunes avaient décidé d’y organiser une cérémonie en hommage aux victimes. Pour cela, après avoir trouvé un lieu isolé, ils se sont regroupés afin d’allumer chacun une bougie, de réciter des noms de victimes (pour la plupart appartenant à leurs familles) et d’observer une minute de silence.

Mettre des images sur ce qu’ils ont appris

Lors de l’échange qui a suivi cette journée de visite, beaucoup ont évoqué un sentiment partagé entre le fait d’avoir appris beaucoup de choses, d’avoir pu mettre des images sur ce qu’ils savaient, d’avoir mieux compris et une sorte de frustration liée à l’absence de sentiments durant la visite. Les sentiments n’ont commencé à émerger que quelques heures plus tard alors que les jeunes prenaient petit à petit conscience des lieux qu’ils avaient foulés durant la journée. Le lendemain, après avoir visité l’usine de Schindler, Laurence Schram les a guidés à nouveau à travers Cracovie. Cette fois, ils ont découvert le quartier juif de Kazimierz ainsi que le ghetto de Podgorze. Cette fois encore, c’était l’occasion de mettre des images sur ce qu’ils avaient appris et de prendre conscience des réalités que l’on avait évoquées.

De retour de ce périple, les jeunes semblent avoir réellement pris conscience de l’importance du travail de mémoire. Ils expriment le fait de se sentir investis d’une certaine responsabilité : puisque les survivants ne peuvent plus partager leur histoire, c’est à eux, la nouvelle génération, de devenir les ambassadeurs de la mémoire. Peu importe le nombre de personnes à qui ils transmettront ce qu’ils savent, chaque personne sensibilisée représente un pas supplémentaire vers la préservation et le partage de la mémoire.

Écrit par : Chloé Van Lancker