Dror Mishani, Au ras du sol – Journal d’un écrivain en temps de guerre, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, Gallimard, 164 p.

On connaît assez bien en Europe l’écrivain de polar Dror Mishani, traducteur de Roland Barthes en hébreu et occasionnellement chroniqueur au journal Haaretz. Il s’agit ici de son journal. Pas n’importe quel journal. Il commence précisément le samedi 7 octobre 2023 à 5 heures du matin. Il est à Toulouse pour une rencontre autour du roman policier, et c’est tout machinalement qu’il allume son ordinateur. Il reçoit un message de sa femme envoyé depuis Tel-Aviv : « Bonjour. Ici, c’est un sacré bordel. » Mais Mishani se dit qu’en somme, c’est comme d’habitude. Quelques roquettes par-ci, par-là. Et d’aller faire son footing matinal le long de la Garonne. De retour dans sa chambre d’hôtel, de vidéos en vidéos, il comprend peu à peu qu’on a affaire à quelque chose de tout à fait inédit. Que faire ? Puis viennent les questions des habitants du sud d’Israël : « Où est l’armée ? Où sont les soldats qui doivent nous protéger ? » Mishani téléphone à son frère, qui appartint naguère au Shin Bet et qui lui conseille de différer son retour. Il apprend aussi que tous les vols au départ de Tel-Aviv affichent complets. Il arrive enfin à rentrer au pays. C’est la guerre. Ceux qui le peuvent cherchent par tous les moyens à obtenir un passeport étranger : polonais, portugais, allemand. Rues désertes, sirènes, supermarchés assiégés pour approvisionner les abris… Il est difficile de rester pacifiste, comme l’écrit notre auteur. 

Quand sa fille lui dit qu’elle préfèrerait que les Palestiniens la tuent plutôt qu’ils ne la violent, comme ce fut le cas pour les filles du festival Nova, Mishani est à court d’arguments. Son frère, quant à lui, est partisan d’envoyer une arme nucléaire tactique contre l’Iran. Le récit de Mishani se lit avec effroi. Il est passionnant en ce sens que l’auteur affiche un point de vue humaniste de plus en plus solitaire devant une réalité qui, chaque jour, semble lui donner tort.

Écrit par : Henri Raczymow

Esc pour fermer

_Visuel ARTICLE REGARDS 2025-2026 (1)
Colloque Ibuka : mémoire, justice et lutte contre le négationnisme
Trente-deux ans après le dernier génocide du XXème siècle, le travail de mémoire reste un rempart essentiel contre l’oubli. Ce(...)
Non classé
Visuel SITE UTICK 2025-2026 (12)
ANNULE | Yom Ha’atzmaout
Le son du groupe MOTEK pour faire résonner ce jour de l’indépendance. Des reprises en anglais et en hébreu, de(...)
Non classé
129
Shira Patchornik : le chant comme prénom, le chant comme destin
La soprano israélienne Shira Patchornik interprétera le rôle d’Ilia dans Idomeneo, Re di Creta de Mozart, la prochaine production du
Nicolas Zomersztajn
Culture
strabismes
But contre son camp
Strabismes de Noémi Garfinkel
Noémi Garfinkel
Antisémitisme
orthodoxes
Le judaïsme ultra-orthodoxe bouillonne
« Nous mourrons mais nous ne nous engagerons pas. » À travers ce slogan devenu cri de ralliement, une partie(...)
Jérémie Renous
Israël
israel media 2
En Israël, un énième projet de Netanyahou pour contrôler les médias
L’arrivée annoncée du milliardaire franco-israélien Patrick Drahi à la tête de la chaîne 13 provoque une levée de bouclier des
Frédérique Schillo
Israël