Quand vos grands-parents et vos parents ont été dans les schmattès, comment ne pas ouvrir aussitôt un livre qui porte ce nom, avec sa traduction pour les quelques non-initiés : Schmattès ? Schmattès, ce n’est pas seulement la chose, le tissu, le vêtement, la couture, le chiffon, c’est un monde, un mode de vie, une ambiance, une odeur, des saisons, la morte et la pleine. Le camarade Erner qui anime tous les matins l’antenne de France-Culture, nous conduit vers son lieu de naissance parisien, dans le Marais, monde (ashkénaze) de la confection où exerçaient ses parents, au monde (séfarade) du Sentier, royaume de la marque où il a lui-même sévit. Deux mondes également engloutis, le premier avec ses souvenirs du temps de la guerre, de l’engagement communiste, de la confection pour hommes pour dames pour enfants. « Mes mondes engloutis. Celui de Marx et d’Engels. Celui du yiddishland révolutionnaire. Celui du schmattès. » Livre de nostalgie donc. Nous sommes nombreux, finalement, à venir de là, comme d’autres viennent du blues. On n’en sort pas. On tente de communiquer ça aux autres, mais c’est difficile, c’est si particulier, si personnel. On tente de le faire par des livres, en ne croyant pas trop que les autres peuvent comprendre. L’auteur est docteur en sociologie. Il a quitté l’univers du schmattès, qui l’avait quitté un jour à l’occasion d’une faillite douloureuse et des dettes conséquentes.

Il a lu Durkheim, cet inventeur de la sociologie, petit-fils de rabbin, comme par hasard. Et il s’est mis à pleurer sur son monde aussi disparu que celui des dinosaures, le monde de tous ceux qui peuvent dire : « Le bruit de la machine à coudre a rythmé mon enfance. »





