Dafroza Gauthier, frêle, discrète, courageuse et déterminée, nous a quittés samedi des suites d’un cancer fulgurant. Nous adressons nos condoléances à son mari, Alain, ainsi qu’à toute sa famille et les assurons de notre chaleureuse amitié.
Nous avions rencontré le couple Dafroza et Alain Gauthier surnommés les « Klarsfeld du Rwanda » dans le cadre du colloque annuel d’Ibuka Mémoire & Justice, en mars dernier au CCLJ. Très généreusement, ils avaient pris le temps de répondre à nos questions. C’était une rencontre que nous attendions avec impatience. Depuis des années, nous suivions avec intérêt et passion leur travail minutieux pour conduire, devant la justice, les responsables du génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 qui s’étaient refait une virginité en France. L’idée de créer le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) leur était venue lorsqu’ils avaient assisté, en 2001, au premier procès belge contre des génocidaires rwandais.
Dafroza est née en 1954 au Rwanda, pays encore sous domination belge. Elle vit le basculement vers l’indépendance, avec un renversement des alliances. Désormais, les Hutu majoritaires, soutenus par les Belges, dirigent le pays et ils vont s’acharner sur la minorité tutsi dont Dafroza fait partie. En 1963, son père est assassiné dans le contexte d’un massacre pré-génocidaire, nombreux depuis 1959. En 1973, Dafroza fuit le pays. Elle retrouve, Alain, connu lors d’un séjour au Rwanda et l’épouse. Ils fondent une famille. 1994 voit leur monde s’écrouler. A distance, ils suivent l’inexorable marche des tueurs contre tous les Tutsi du pays. Sa mère est assassinée ainsi que de nombreux membres de sa famille. 1994, le génocide des Tutsi au Rwanda, c’est l’apocalypse, disait Dafroza. Plus d’un million de Tutsi assassiné en l’espace de trois mois.
En créant le CPCR, le couple Gauthier a fait de sa vie une quête de justice sans fin pour les rescapés. Nous vous invitons à regarder le documentaire que Thomas Zibri et Stéphane Jobert ont consacré aux Gauthier en 2023 (attention : images violentes)
Nous y retrouvons Dafroza et Alain, munis de leur bâton de pèlerin, qui, sans cesse, se rendent au Rwanda pour écouter les témoignages des rares rescapés du génocide et d’autres témoins afin de récolter des preuves contre de présumés génocidaires installés, tranquillement, en France. Une fois les dossiers de preuves finalisés, le CPCR les transmet à la justice française afin qu’elle agisse. A ce jour, sept personnes ont été condamnées en France et d’autres procès sont en attente. C’est un travail lent et minutieux, un travail de justiciers qui a soudé ce couple à jamais. Les rescapés sont tendrement entourés par Dafroza et Alain, encouragés et soutenus dans l’expression de leur parole si déchirante. Les génocidaires emprisonnés ne sont pas oubliés. Il faut voir l’agacement mais aussi la dignité de Dafroza face à des génocidaires, toujours en prison 30 ans après le génocide, qui mentent ou taisent la vérité.
Le CPCR travaille dans l’urgence, le temps presse pour collecter les témoignages et rendre leur dignité aux rescapés. Dafroza évoquait ce combat qui l’obligeait à le mener jusqu’à la fin de ses jours. C’est ce qu’elle a fait pendant plus de 25 ans … Toujours humble mais déterminée, Dafroza se disait : femme peu importante entraînée dans des événements excessivement importants. Elle reste à jamais une lumière dans la nuit la plus noire.
Pour lui rendre hommage, nous vous invitons à soutenir le travail essentiel du CPCR.






