Sobre et grandiose, L’Île de la Demoiselle, troisième long-métrage de Micha Wald, confirme la voix d’un cinéaste humaniste qui alterne les genres épique et comique pour revisiter le passé, questionner le présent et inviter au dialogue.
Aussi loin que Micha Wald s’en souvienne, c’est sa passion pour les Playmobils qui l’a mené au cinéma. C’est dans la salle de jeux, avec son frère Jérémie, qu’il élabore ses premiers scénarii, décors et mises en scène spectaculaires. Vers 11-12 ans, il passe aux jeux de rôles, devient maître de jeu et scénariste pour la cause, et c’est tout naturellement qu’il transpose, en rhéto, un jeu de rôle en court-métrage.
Il faut dire que sa participation, enfant, dans Bruxelles Transit de Samy Szlingerbaum, puis, ses rôles récurrents dans des films de Boris Lehman l’ont conforté dans son attrait du 7e art. Après des études de montage à l’INSAS et un master en écriture de scénario et analyse de films à l’ULB, il réalise son premier court-métrage, La nuit tous les chats sont gris, une comédie ; il y écrit aussi son premier scénario, fresque inspirée de la vie de ses grands-parents, du shtetl aux États-Unis, qu’il espère tourner un jour. Son court-métrage Les Galets en est un condensé. Mais c’est Alice et moi (2005), court-métrage avec Bella Wajnberg, qui fera mouche, avec 130 sélections en festivals (dont la Semaine de la Critique à Cannes), plus de 50 prix, des achats par de nombreuses télévisions et l’occasion de faire 3 tours du monde pour le présenter, Iran compris.
S’ensuivent des longs-métrages avec un film en costumes, Voleur de chevaux (2007), puis Les Folles aventures de Simon Konianski (2009). Cette comédie déjantée avec Jonathan Zaccaï et Popeck, tournée à Bruxelles, avait fait réagir l’hémicycle de la communauté juive, de la gauche à la droite : « Chaque côté de l’échiquier m’a reproché des exagérations ou positions mais tous ont pu rire. Ils ont pu voir le point de vue, puisqu’il y a des personnages des deux bords. Et c’est ça faire des ponts : faire en sorte que des gens aux opinions contraires, qui appartiennent à une même famille, continuent à se parler. »
Son nouveau film, subtil et vibrant, aux décors grandioses, L’île de La Demoiselle, est un authentique récit « féministe » du XVIe siècle ; et voilà qu’il est déjà reparti sur une prochaine comédie juive : « J’aime le paradoxe, la complexité. Et moi, j’ai envie de rire et non de pleurer de la situation actuelle… extrêmement compliquée. L’humour permet d’aborder des sujets qui fâchent et peut faire évoluer des choses » défend-t-il.
Si sa filmographie alterne films à thème juif et films d’aventures, il s’agit, en filigrane, des mêmes préoccupations, transposées : « Le lien avec le judaïsme sous-tend mon travail, consciemment et inconsciemment, ouvertement ou pas. Dans Voleurs de chevaux, je fais de nombreuses références à la Shoah. J’ai assimilé les voleurs de chevaux aux Juifs et les cosaques aux nazis. J’y exprime aussi, en filigrane, mon histoire familiale. À la vision du film, ma grand-mère m’a dit que mon grand-père David s’était réfugié dans une cache dans les bois, identique à celle que je représentais alors que je n’en avais aucune image. Quant à ma mère, elle m’a méthodiquement énuméré les gestes et symboles récurrents dans mes films. L’île de la Demoiselle traite aussi d’une histoire de survie, un thème qui ne m’obsède pas pour rien : je me demande souvent comment mes grands-parents ont survécu, comment on survit à la Shoah. Ces questions me poursuivent avec, en toile de fond, le fascisme qui revient à grands pas. » étaye-t-il.
Nouveau directeur d’IMAJ
À ses casquettes de, scénariste, réalisateur, producteur et professeur de réalisation à l’INSAS, Micha Wald ajoute celle de directeur de l’Institut de la Mémoire Audiovisuelle Juive. Habitué à être invité dans les festivals, il s’adonne désormais au rôle de programmateur et sélectionne des films avec Rémy Corrèze, le coordinateur d’IMAJ. On sait déjà que le prochain Brussels Jewish International Film Festival, dont le thème sera l’humour, se déroulera à La Tricotterie et au CCLJ, début novembre prochain.
Mais l’enjeu d’IMAJ est aujourd’hui de survivre et de s’engager dans une mission de recherche de fonds, car cette belle institution, créée au cœur de l’Europe en 1984, s’est vue amputée d’un subside conséquent de la Fédération Wallonie-Bruxelles. A la médiathèque, à l’organisation de projections ponctuelles et de festivals, Micha Wald ambitionne, de créer un Netflix juif et de développer des activités tournées vers l’éducation et l’insertion

« C’est toujours une richesse d’être différent ; que chacun qui ressent le besoin de créer puise dans ses identité et parcours. Qu’est-ce qu’on s’ennuierait si on était tous pareils ! », conclut-il.
L’Ile de la Demoiselle (2026)
Sortie en salles, le 27 mai 2026






