Miss Univers à Eilat : Glamour, Gloire et Boycott

Frédérique Schillo
Ce 12 décembre se tient à Eilat la 70e cérémonie de Miss Univers. Un événement suivi par un demi-milliard de personnes à travers le monde, qui promet de faire de la station balnéaire israélienne l’autre reine du jour. A moins que les appels au boycott ne viennent gâcher la fête.
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Cheveux auburn en cascade, bouche pulpeuse, de grands yeux noisette cachés derrière des lunettes de soleil, Andrea Meza prend la pose devant le Kotel. Elue miss Univers 2020, la Mexicaine, qui remet son titre le 12 décembre à Eilat, est venue dans la Ville sainte sans sa couronne ni sa robe à paillettes. Mais même vêtue sobrement, elle prend soin de détailler chaque marque de sa tenue sur son compte Instagram à l’attention de ses 2,2 millions d’abonnés.

A « Jérusalem, Israël », « quel endroit magique » s’émerveille l’influente reine de beauté. Et peu importe si la souveraineté israélienne sur la Vieille Ville est un sujet explosif. « Miss Univers n’est pas une manifestation politique ou religieuse » plaide-t-elle. Du côté des organisateurs, on se défend aussi de délivrer un message derrière cette visite médiatisée des Lieux saints. Quand d’autres événements internationaux comme l’Eurovision veillent à ne surtout pas mettre les pieds à Jérusalem-Est, la présidente de Miss Univers, Paula Shugart, ne craint pas d’y poser ses caméras. Elle explique qu’Israël a été choisi comme pays hôte « en raison de sa riche histoire, de ses paysages magnifiques, de sa myriade de cultures et de son attrait en tant que destination touristique mondiale ». Sa gestion de la pandémie en fait aussi l’un des endroits les plus sûrs au monde. Un clin d’œil que ne manquera pas de faire la Miss Israël Tehila Levi en portant une robe faite de 300 masques anti-covid.

Appels au boycott

La cérémonie israélienne est pourtant loin d’échapper aux polémiques. A l’ère de #MeToo et des indignations woke, les féministes dénoncent la nature misogyne, patriarcale et discriminatoire des concours de beauté. A ce jeu-là, Miss Univers remporte largement le pompon. Il faut dire que cette organisation américaine, longtemps propriété de Donald Trump, est célèbre pour ses candidates femmes-objet, certaines refaites des pieds à la tête grâce à la chirurgie plastique.

Plus encore, ce sont les activistes de BDS qui menacent aujourd’hui la bonne marche du défilé de ces dames. Farouchement opposés à leur venue dans « l’apartheid israélien », ils exercent d’infinies pressions sur les candidates. Miss Indonésie, Miss Malaisie et Miss Laos ont les premières abandonné la compétition. Miss Grèce y a également renoncé, arguant que son cœur allait « aux Palestiniens ». Le comité grec l’a remplacée par sa dauphine. En Afrique du Sud, on assiste au phénomène inverse puisque la Miss se rend à Eilat en défiant son gouvernement et les appels au boycott du petit-fils de Nelson Mandela.

Kitsch et Pop

Face à ces pressions, Israël reste stoïque. Le show aux 500 millions de téléspectateurs lui offre une opportunité en or de braquer les projecteurs du monde entier sur la petite cité d’Eilat. Car derrière les sourires ultra-bright et les filles en bikini défileront aussi les images des rivages de la mer Rouge, avec leurs fonds marins spectaculaires, et des paysages dorés qui servent de décor à la ville, trait d’union entre les montagnes et le désert. Peut-on rêver plus belle carte postale dans la grisaille hivernale ? Le maire Eli Lankri se réjouit de « renforcer sa position de première ville touristique ». Et qu’importe si Eilat est réputée dans le pays pour ses hôtels bas de gamme et ses hordes de touristes israéliens en claquettes. Pour le 70e anniversaire de la cérémonie, les organisateurs ont vu les choses en grand : un dôme ultramoderne haut de 16,5 mètres, spécialement importé du Portugal. A l’intérieur, comme la boule de neige qu’agitent les enfants, ce sera un feu d’artifice de paillettes, de laque pour cheveux et de tiares argentées. Le tout sur fond de musique pop puisque la jeune star israélienne Noa Kirel y présentera un titre en anglais.

Israël a aussi un message fort à opposer aux militants du BDS. Pour la première fois, une Miss Emirats Arabes Unis participera à la compétition. Et Miss Maroc y fera son retour après 40 ans d’absence. Une façon glamour de célébrer la signature des Accords d’Abraham. Preuve que les compétitions internationales sont une vitrine politique, y compris celles mettant en scène des reines de beauté.

On se souvient d’ailleurs du rapprochement entre Miss Israël et Miss Irak lors de Miss Univers 2017. Leur photo avait inspiré une nouvelle expression : la « selfie diplomatie ». Réfugiée depuis aux Etats-Unis, Sarah Idan reste une ambassadrice du dialogue arabo-israélien. Après tout, n’est-ce pas le vœu le plus cher de ces prétendantes à Miss Univers quand on leur tend le micro ? « La paix dans le monde ».

La représentante de l’Inde, Harnaaz Sandhu, a été sacrée Miss Univers lors de la 70e cérémonie du concours de beauté qui a lieu dans la nuit de dimanche à lundi à Eilat (Israël). La candidate belge Kedist Deltour, que le comité Miss Belgique imaginait dans le top 5, voire mieux, n’a pas été retenue parmi les 16 finalistes. La gagnante a devancé les Miss Paraguay et Afrique du Sud.

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samuel
samuel
1 mois il y a

Voilà un exemple à suivre par les politiciens européens

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