Sefer tof ! de Bator

Bator
A l’approche de hanoucca et des fêtes de fin d’année, Regards a sélectionné des livres pour les jeunes lecteurs. Parmi eux, des BD exceptionnelles dans lesquelles les enfants sont les héros de l’histoire et de la grande Histoire.
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Maya Shleifer, La maison du géant, Les Editions des Eléphants, à partir de 3 ans

Les histoires aident les enfants à sortir de leur zone de confort, à appréhender le monde et l’inconnu, à l’apprivoiser. Les histoires aident à grandir. On retrouve tout cela dans La maison du géant de Maya Shleifer. Un géant misanthrope, replié sur lui-même dans une toute petite maison (son univers étriqué), si petite qu’il ne peut en sortir. Jusqu’au jour où s’invite une araignée dans sa maison qu’il saccage en voulant la chasser. Mais ce n’est que le début de l’histoire. A partir de ce moment-là, commence l’extraordinaire métamorphose du géant. Cette jolie histoire invite l’enfant à sortir de sa bulle mentale et à découvrir le monde et l’altérité. Les dessins de Maya Shleifer, ancienne élève de la Bezalel Academy of Arts and Design de Jérusalem, sont si drôles. Ses couleurs printanières et festives donnent le sourire.

Vincent Dugomier et Benoît Ers Les Enfants de la Résistance : Combattre ou mourir (tome 8), Editions du Lombard, à partir de 10 ans

Cette série BD commencée en 2015 qui met en scène des enfants actifs dans la résistance durant la Seconde Guerre mondiale est un succès éditorial qui ne se dément pas, au bout de huit albums. Dans ce 8e tome, nos jeunes héros Eusèbe, François et Lisa vont devoir accomplir une tâche périlleuse : ils devront convoyer un important stock de papier qui servira à alimenter les imprimeries secrètes de la France libre en contournant les contrôles qui se sont multipliés. Eusèbe, François et Lisa sont les noms d’emprunts d’enfants résistants qui ont réellement existé et qui se sont mis en danger pour libérer leur pays de la tyrannie. Pour la sortie de ce tome, une séance de dédicace était organisée, en octobre dernier, au café Belga à Ixelles. La file des jeunes lecteurs s’allongeait jusque dans la rue. Comment expliquer un tel succès ? Probablement parce que ces jeunes héros ont le même âge que les lecteurs, que la BD est une formidable leçon d’histoire et de citoyenneté, à la fois ludique et éducative racontée avec beaucoup de suspens, ce que le scénariste Vincent Dugomier maîtrise parfaitement, nourrie par les dessins superbes et très documentés de Benoît Ers.

JD Morvan, David Evrard et Walter Pezzali, Simone : Obéir, c’est trahir. Désobéir, c’est servir, Editions Glénat, tout public (les jeunes lecteurs seront accompagnés dans la lecture d’un adulte)

Comment parler à des jeunes lecteurs de la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire du passé, pour comprendre et dénoncer les crimes de guerre d’aujourd’hui ? Par la BD.

Dans Simone, le scénariste J.D. Morvan s’est inspiré de l’histoire vraie de Simone Lagrange à qui il rend un brillant hommage. En 1942, Simy Kadosche qui deviendra plus tard Simone Lagrange n’a que 12 ans lorsqu’elle devient agent de liaison dans la Résistance française. Dénoncée, elle sera arrêtée, torturée par le SS Klaus Barbie et déportée avec une partie de sa famille. En 1972, Simy/Simone Lagrange reconnaît à la télévision Klaus Barbie, son tortionnaire qui vient d’être identifié par les Klarsfeld, en Bolivie. Simone a beau avoir reconstruit sa vie, les souvenirs douloureux refont surface. Il lui faudra alors beaucoup de courage pour affronter de nouveau les évènements insoutenables de son passé. Elle sera l’un des témoins clef du procès Barbie, à Lyon, en 1987. La BD alterne le passé et le présent, les flashbacks et les évènements de 1972, ce qui rend le déroulement et la compréhension de l’histoire très accessible à de jeunes lecteurs. L’autre élément fort de cette bd, ce sont les dessins de David Evrard, avec ces personnages auxquels il est si facile de s’identifier ou de détester. Le mal et le bien en quelques coups de crayon. Une prouesse. Un livre-clef pour aborder les crimes de guerre, avec la justice au bout du tunnel.

Emile Bravo, Spirou. L’espoir malgré tout (tome 5), Editions Dupuis, à partir de 10 ans.

L’une des BD parmi les plus remarquables de ces dix dernières années. On connaissait le sympathique Spirou en habits rouges de groom d’hôtel et Fantasio du Maître Franquin. Emile Bravo leur donne ici les habits et l’étoffe de héros de la Résistance. Une métamorphose géniale. Ce qui est inédit dans cette BD, c’est l’histoire de la Shoah mieux connue en France qui se déplace, ici, à Bruxelles. L’occupation, la Résistance, la Collaboration, la libération, l’épuration. Enfin, autre fait inédit : dans ce tome, lorsque Spirou apprend la libération de Bruxelles par les alliés, il part immédiatement à la recherche de ses amis, le peintre juif allemand Félix Nussbaum et sa femme Felka, également peintre, qui vivent dans la clandestinité. Ces deux artistes ont réellement existé. Avec l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne, ils se réfugient en Belgique, après un bref passage en Italie et en France. En 1944, ils logent, cachés dans une mansarde, à Bruxelles. Dénoncés, ils seront arrêtés et meurent en déportation. Le livre se termine par la peinture Le triomphe de la Mort de Félix Nussbaum. Une œuvre magistrale à mettre entre les petites et grandes mains.

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