Je lis, tu lis, ils écrivent… Patrick Modiano, La danseuse, roman, Éditions Gallimard, 96 p.

Henri Raczymow
Je lis, tu lis, ils écrivent par Henri Raczymow
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La tombée du jour. Des appartements parisiens dans la pénombre. L’ouest de Paris, plus chic, du côté de la Porte de Champarret. Une époque indéterminée, à laquelle donne vaguement accès un souvenir lui-même brumeux. Un temps où les enfants ne lisaient pas de BD, mais des « illustrés » Un personnage qu’on appelle « la danseuse », dont on sait qu’elle interpréta un ballet, Le train des roses. Nous sommes sans doute dans les années cinquante, en tout cas nous sommes bien chez Modiano. On se souvient de quelques détails, mais la plus grande partie des choses s’est estompée, a sombré dans l’oubli, l’effacement dû au temps. 

« Le temps qui a brouillé les visages a gommé aussi les points de repère. Il reste quelques morceaux d’un puzzle, séparés les uns des autres pour toujours », lit-on dès la première page, comme pour donner le « la » d’une partition morose. On croit reconnaitre parfois dans la rue quelqu’un qu’on aurait connu voici cinquante ans du côté de la Porte de Champerret, justement. Coïncidence ou indice certain d’un souvenir vrai ? C’est que des petites lumières nous parviennent encore d’étoiles qu’on croyait mortes, comme dit si bien Modiano. Car on est là, avec ce bref récit, dans du super Modiano, avec des énumérations de noms de gens dont on n’a retenu précisément que les noms, des déambulations le long de rues et de boulevards, des noms de bars, de lieux de spectacles, comme les restes mémoriels d’une vie antérieure dont ne subsistent que des bribes, à croire que tout cela n’était qu’un rêve… On n’est sûr de rien, la mémoire s’embrouille, cela fait si longtemps… On dirait du Modiano s’amusant – ou s’efforçant – à faire du Modiano, et à y parvenir comme un grand artiste, comme Duras excellait à faire du Duras ou Chagall du Chagall.

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