Regards n°1114

Le Hamas, ses idiots utiles et le monde pour caisse de résonance

Journaliste et documentariste, Michaël Prazan a publié cette année La Vérité sur le Hamas et ses « idiots utiles » (Éditions de L’Observatoire). Fort de ses entretiens menés avec des responsables du Hamas et du Djihad islamique lors de ses précédentes enquêtes sur les Frères musulmans, il explore les origines historiques et les fondements idéologiques du Hamas afin de mieux cerner le 7-Octobre. Il explique aussi comment son idéologie mortifère a été relayée en France par des « idiots utiles » de la gauche radicale. 

Pourquoi faut-il revenir sur l’histoire du Hamas pour mieux saisir la portée du 7-Octobre ?

michaël prazan Après avoir entendu plusieurs experts expliquer dans les médias que le Hamas est un mouvement nationaliste palestinien, je n’ai pu qu’en déduire qu’ils n’avaient pas lu la charte de ce mouvement islamiste. C’est d’autant plus préjudiciable qu’il y est écrit très clairement que le nationalisme arabe, et tout particulièrement le nationalisme palestinien, est une abomination. Comme le précise l’article 2 de la charte : « Le Hamas (Mouvement de la Résistance islamique) est l’une des ailes des Frères musulmans en Palestine. » La première antenne des Frères musulmans créée en dehors de l’Égypte dans les années 1930 est celle de Syrie, dans laquelle est inclus le territoire de la Palestine. La grande figure tutélaire des Frères musulmans à laquelle le Hamas se réfère sans cesse, que ce soit dans la dénomination des branches armées ou des roquettes qu’ils utilisent, est Ezzedine al-Qassam (1882-1935), un Syrien d’origine kurde ayant lutté contre les puissances coloniales française et britannique et attaqué les Juifs du Yichouv, en menant notamment des raids contre des kibboutz où ses hommes égorgeaient femmes et enfants. Les méthodes n’ont donc guère varié depuis lors. C’est la raison pour laquelle je suis revenu sur un séjour que j’avais effectué à Gaza en 2010. À cette occasion, j’ai rencontré plusieurs dirigeants du Hamas, dont Mahmoud Al-Zahar, et Khaled Al-Batch du Djihad islamique. Les propos qu’ils m’ont tenus permettent de mieux comprendre ce qui motive ces deux mouvements et ce qu’ils cherchent à concrétiser. Et surtout, ils apportaient un éclairage essentiel pour saisir la portée de ce qu’ils ont commis le 7-Octobre : dans de nombreuses déclarations, ils laissent entendre ce qui s’est produit ce jour-là.

L’obsession du « rapport de force » du chef du Djihad islamique, Khaled Al-Batch, est-elle une illustration de cette cohérence entre le discours et les actes ?

m.p.  Oui. Quand je relis les dires de Khaled Al-Batch, je vois à quel point le 7-Octobre s’inscrit dans cette stratégie au long cours du renversement des rapports de force en faveur du Hamas et du Djihad islamique. Quand je lui ai demandé quelle est, selon lui, la solution au conflit, voici ce qu’il m’a répondu : « La solution ne sous sera favorable que lorsque les rapports de force changeront, lorsque les Européens et l’Amérique cesseront de soutenir Israël. » C’est précisément ce que les massacres du 7-Octobre ont produit. Les opinions publiques ont en grande partie basculé en faveur des Palestiniens et du Hamas. Ce qui a considérablement érodé le soutien dont les Israéliens pouvaient jouir en Europe et aux États-Unis.

C’est cette haine mondialisée d’Israël et des Juifs ne vous a donc pas surprise ?

m.p.  On a beau s’attendre au pire, y compris à une résurgence d’antisémitisme à travers le monde, mais on ne peut pas s’empêcher d’être surpris par cette explosion de haine qui a suivi les atrocités commises le 7-Octobre. Bien sûr qu’il y avait des signes laissant penser que des jeunes occidentaux, libérés des attaches de l’Histoire, se ruent en meute à la curée de l’antisémitisme pour s’en abreuver dans une explosion de jouissance festive. J’avais senti que la disparition des rescapés de la Shoah, véritables garde-fous qui maintenaient l’antisémitisme dans un marigot bien circonscrit, coïncidait avec l’apparition de nouvelles générations n’ayant plus de lien avec la Seconde Guerre mondiale en général et avec la Shoah en particulier. Je ne suis pas dupe. Je sais bien que l’antisémitisme rôde encore dans les tréfonds de la culture occidentale et qu’il y aurait d’autres manière d’exprimer l’antisémitisme. C’est précisément ce qui s’est passé en Occident dans les campus et au sein de la gauche radicale avec une récupération de l’antiracisme à des fins antisémites. Ces inversions accusatoires de génocide sont le lot des Juifs depuis toujours, même si elles prennent aujourd’hui des formes plus tordues que par le passé.

Écrit par : Véronique Lemberg