Les Enfants du ciel : aventure et archéologie à Jérusalem

Avec Les Enfants du ciel (éditions Daniel Maghen), Stephen Desberg et Bernard Vrancken publient une superbe bande dessinée évoquant par la fiction les enjeux politiques de l’archéologie et de l’histoire juive antique.
Partagez cette publication >

Vétéran de la BD franco-belge, Stephen Desberg est un scénariste prolifique, repreneur et créateur de séries dans le Journal de Spirou (Gil Jourdan, Les Petits Hommes, Tif et Tondu, Billy the Cat, etc.), auteur d’histoires de western (L’Étoile du désert) et de cape et d’épée (Le Scorpion). Il s’associe au dessinateur Bernard Vrancken pour des aventures aux Antilles (Le Sang Noir), puis pour la série de longue haleine I.R.$. Cette fois, Desberg et Vrancken nous emmènent au Moyen-Orient pour une captivante histoire d’amour et d’aventure dont le héros, Alexandre, archéologue, à la recherche des vestiges antiques permettant « d’éclairer les vérités d’un passé brouillé », n’est pas pour autant un avatar d’Indiana Jones.

Les Enfants du ciel débute à Rome, en 1936, avec le meurtre raciste de l’épouse d’Alexandre, et se poursuit cinq ans après, au Caire et à Beyrouth, pour s’achever en 1942, à Jérusalem, au Tombeau des Rois. L’intrigue, toute en péripéties, confronte deux temps de l’Histoire : celui de la première guerre judéo-romaine (66-73 après J.-C.), où s’affrontent les visions de deux historiens juifs, Flavius Josèphe et Juste de Tibériade, et celui de la Seconde Guerre mondiale, mettant en scène les machinations des services secrets nazis et soviétiques contre les autorités britanniques du mandat, tandis que les partisans du Grand Mufti de Jérusalem, exilé en Allemagne, espèrent triompher du rêve sioniste et que de premières nouvelles sur le génocide juif parviennent en Palestine, que semble alors menacer l’avance de l’Afrikakorps en Égypte. Entre récit d’aventure et fresque historique, cette captivante BD incite le lecteur à reconsidérer « un passé qui ne passe pas ». Happy ending : les écrits de Juste de Tibériade sur la révolte juive ont disparu parce que Josèphe voulait réduire au silence son contradicteur qui l’accusait de s’être vendu aux romains, mais Alexandre retrouve son portrait et en 1948 le peuple juif redeviendra une nation, réalisant le rêve de cet historien antique méconnu.

Humanité des protagonistes

Depuis l’enfance, l’archéologie fascine Stephen Desberg, tout comme l’histoire biblique et la Deuxième Guerre mondiale. La genèse des Enfants du ciel remonte à il y a quatre ans. « Travaillant avec Bernard depuis longtemps sur la série I.R.$., nous souhaitions prendre une approche beaucoup plus graphique avec un contenu plus adulte et des regards vers le cinéma hollywoodien », explique Stephen Desberg. « Flavius Josèphe était une de mes lectures de jeunesse, un personnage fascinant, le grand historien juif de cette période et qui tout en restant juif s’est rallié aux romains, jugeant que le peuple juif devait se soumettre à l’Empire pour survivre. Juste de Tibériade est resté fidèle à ses convictions et c’est lui qui a gagné avec la naissance de l’État d’Israël ». Bernard Vrancken affirme le caractère collectif de l’écriture de cette BD, les échanges constants avec Stephen, les éditeurs Daniel Maghen et Vincent Odin. 

Il remarque : « C’est la première fois que je dessine une BD dont l’action se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, cela dit, ce n’est pas une BD documentaire et dans mon dessin je privilégie les échanges entre humains et non les épisodes de la guerre ou de l’histoire politique. Il faut que le lecteur sente l’humanité des protagonistes et de leurs rapports, qu’il voie aussi leurs côtés sombres et sente que ce sont des personnages réels. Donc pas de récit manichéen ! Bilal, le Palestinien, partisan du Grand Mufti, n’assassine pas Esther, comme on le lui a ordonné et cette musicienne juive allemande, agente du NKVD, désobéit à son tour à ses maîtres et sauve celui qui l’a épargnée. Il faut de l’humanité dans le dessin et aussi de la pudeur dans l’évocation de sujets difficiles comme les persécutions antisémites en Allemagne, puis la Shoah. Je refuse d’être trop illustratif ».

Un tirage de 500 exemplaires a été édité en août 2023 pour la librairie Filigranes. Il est agrémenté d’un ex-libris numéroté et signé, d’une couverture originale et d’un cahier supplémentaire réalisé à partir des archives de l’auteur. Le samedi 23 septembre à 15h, Bernard Vrancken et Stephen Desberg présenteront leur livre. Cette présentation sera suivie d’une séance de dédicaces.

www.filigranes.be

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Découvrez des articles similaires

René Blum, frère de…

Avec Par-delà l’oubli (Éditions Gallimard), Aurélien Cressely retrace l’itinéraire méconnu de René, le frère de Léon Blum. Un premier roman maîtrisé interrogeant les mécanismes de la construction identitaire et la passion des arts comme échappatoire à l’heure de la collaboration.

Lire la suite »

Nos derniers articles