Regards n°1105

Victimes et héros de la Shoah à Bruxelles

Jean-Christophe Dubuisson a publié L’épopée de huit réfugiés juifs allemands dans l’Europe occupée (Éditions Racine). Dans cette fresque poignante, il nous fait découvrir des faits et des personnages méconnus du grand public, depuis l’émigration des Juifs allemands durant les années 1930 au sort réservé par la Gestapo à ceux qui cachaient des Juifs à Bruxelles, comme le firent ses propres arrière-grands-parents reconnus comme Justes parmi les Nations.

L’épopée de huit réfugiés juifs allemands dans l’Europe occupée décrit la longue enquête de l’auteur à la recherche de ces victimes de la Shoah, et des circonstances dans lesquelles deux familles bruxelloises, les Jonnart et les Breuer, leur viennent en aide. Richement illustré, le livre de Dubuisson tient de l’enquête familiale, car ces deux familles de Justes font partie de sa généalogie. Au fil de sa recherche, l’auteur nous transporte à Cologne, Francfort, Berlin, Theresienstadt, Auschwitz… Le cœur de l’action se situe à Bruxelles : collège Saint-Michel, musées royaux d’art et d’histoire au Cinquantenaire, rue Jean Linden, squares Vergote et Marie-José, des lieux proches, que relient les pérégrinations du jeune Ralph Mayer, grand protagoniste du récit.

Avant d’évoquer la période de la guerre et de l’occupation, Jean-Christophe Dubuisson retrace les longues démarches qu’entreprend dès 1932 l’industriel juif allemand Erich Mayer auprès des autorités belges pour résider dans notre pays. Après la Nuit de Cristal, Erich et sa femme Edith parviennent enfin à rejoindre Bruxelles où vit leur fils Ralph, élève au collège Saint-Michel, depuis septembre 1935. Durant l’été 1939, les Mayer accueillent à leur domicile du square Vergote une famille juive de Francfort : le médecin Arthur Bloch, sa femme Else, leur fils Peter et leur servante. Débusqués par le « gros Jacques », Erich, Edith et Arthur Bloch sont arrêtés le 13 juillet 1943 à leur domicile. La Gestapo se présente aussi rue Linden chez l’avocat Albert Jonnart pour arrêter Ralph, mais celui-ci parvient à s’échapper, aidé par Pierre Jonnart, son camarade de classe au collège. Arrêté et envoyé sur un chantier du mur de l’Atlantique au camp de Watten, Albert Jonnart ne reviendra pas de déportation. Caché aux musées royaux d’art et d’histoire par l’archéologue Jacques Breuer, Ralph y survit avec la complicité du concierge, Jef Note. Malheureusement, ses parents, Erich et Edith, seront assassinés à Auschwitz-Birkenau. Arthur Bloch se suicidera après son arrestation.

La petite histoire dans la grande

Situant la petite histoire dans la grande, Jean-Christophe Dubuisson évoque aussi le contexte historique de sa passionnante « (en)quête familiale » : le mitraillage de la Gestapo, avenue Louise, par l’aviateur Jean de Selys Longchamps, l’attaque du 20e convoi… Il résume la genèse du livre : « Mon premier livre raconte le parcours de résistant de mon grand-père, Louis Dubuisson, qui avait rencontré ma grand-mère, Colette Breuer, à la Libération. En mars 2018, alors que je venais de terminer mon livre, une journaliste du Washington Post est venue interviewer Colette pour qu’elle lui raconte comment son père avait caché Ralph. J’ai assisté à leur entretien et entendu cette histoire pour la première fois ! ».

Jean-Christophe Dubuisson tente alors de retracer l’histoire de Ralph et des sept autres juifs allemands réfugiés à Bruxelles, dont il nous conte l’histoire dans un récit passionnant.

Albert et Simone Jonnart sont reconnus Justes parmi les Nations en 2013. « Olivier van der Wilt, conservateur du Mémorial de Breendonk, a retrouvé les minutes du procès d’après-guerre du dénonciateur de mes grands-parents et une déposition de Ralph Mayer déclarant qu’il avait été hébergé pendant plus d’un an chez mes grands-parents, rue Linden », explique Bénédicte, leur petite-fille. « Ralph Mayer a pu continuer sa scolarité grâce à leur fils Pierre qui lui apportait ses leçons et devoirs du collège Saint-Michel. Ma tante a épousé un oncle de Jean-Christophe Dubuisson. À la suite de ses recherches, nous avons réalisé que nos familles étaient aussi liées par l’histoire de ses arrière-grands-parents : Jef Note et Jacques et Germaine Breuer ont été tous reconnus Justes parmi les Nations fin 2023 » 

Écrit par : Roland Baumann

Esc pour fermer

génocide
Du concept à l’accusation : comment faire d’Israël un État génocidaire
Qualifier Israël d’État génocidaire est devenu pour certains une évidence. Cette accusation repose largement sur une théorie en vogue dans(...)
Nicolas Zomersztajn
Société
extrême droite juife 1
Extrême droite : Les Juifs comme caution, Israël comme alibi
Le Vlaams Belang se veut aujourd’hui l’un des plus fervents défenseurs d’Israël et de la lutte contre l’antisémitisme en Belgique.(...)
Nicolas Zomersztajn
Politique, Antisémitisme
masculinisme
Masculininisme : quand la haine des femmes rencontre celle des Juifs…
De TikTok à YouTube, les nouveaux prophètes de la virilité séduisent des millions de jeunes hommes à travers le monde.(...)
Laurent-David Samama
Antisémitisme, Société
_Visuel ARTICLE REGARDS 2025-2026 (2)
La sélection estivale de Tamara Weinstock
Pour accompagner les longues journées d’été, Tamara Weinstock vous propose une sélection de livres à dévorer sous le soleil :(...)
Tamara Weinstock
Culture
livre samama
Poltava, New York et leurs fantômes
Dans Les Fantômes de Poltava (Éditions Héliopoles), Fabrice Lardreau remonte le fil d’une vie brisée par la guerre. À travers(...)
Laurent-David Samama
Culture
je lis nos coeurs
Tala Albanna et Michelle Amzalak, Nos coeurs invincibles, Correspondance entre une étudiante à Gaza et une étudiante en Israël, présentée par Dimitri Krier, Nouvel Obs/Flammarion, 165 p.
Pour comprendre quelque chose à la situation à Gaza et au conflit israélo-palestinien après les massacres du Hamas du 7
Henri Raczymow
Culture