Regards n°1110

Mère-patrie

Un article du journal Ynet m’a récemment fait écarquiller les yeux (ils étaient déjà bien ouverts) sur la résilience stupéfiante des enfants d’Israël. Plus d’un an après le 7 octobre, d’un an de guerre contre pas moins de sept fronts ligués contre eux, et dans un climat d’imposture morale et d’hostilité générale à leur égard, ils ne tentent pas de paraître invulnérables en dissimulant leurs blessures. Au contraire, ils les affrontent ouvertement, n’hésitant pas à les exposer, après les avoir transcendées et surmontées. Ils s’appliquent ainsi à eux-mêmes l’art du kintsugi, une méthode japonaise de réparation des porcelaines brisées au moyen de laque mélangée à de la poudre d’or. Le kintsugi professe une philosophie qui reconnaît à la fois la fracture et sa réparation comme les parts intégrantes du corps ébréché.

Dans cet article digne d’une œuvre de science-fiction, on apprend que la start-up nation est l’archétype de la mère juive, mais qu’elle est loin de se laisser mourir d’angoisse pour ses enfants. Que mangent les soldats déployés depuis un an ? Reçoivent-ils des quantités suffisantes de nourriture assez variée ? La mère tourmentée suffoque à l’idée qu’ils s’alimentent, à même la boîte de conserve, d’une maigre ration de maïs ou de thon. Elle ne peut nier sa fêlure, mais elle la répare, en la saupoudrant d’or. On sait bien qu’une armée avance grâce à un estomac bien rempli, mais celle-ci ne saurait se satisfaire de n’importe quel aliment. À l’heure actuelle, des robots livrent une cuisine savoureuse et sophistiquée aux militaires des positions les plus avancées au Sud-Liban, accompagnée d’un slogan puissant : un soldat ne mangera pas la même chose qu’hier ou il y a deux jours. Au lieu de viande en conserve au goût et/ou à la texture de semelle, les bataillons reçoivent des menus qui incluent désormais des snacks protéinés, et des rations augmentées de délicieuses préparations de viande en sauce conservées sous vide qui peuvent être réchauffées sur le terrain. Ils ont même pu déguster, le soir de Rosh Hashana, de l’effiloché de bœuf grillé au barbecue selon la méthode argentine « asado », de l’ananas, des dattes, des grenades, des olives, et des entrecôtes fumées provenant d’un fumoir de Galilée.

À l’évidence, l’expérience antérieure de la création d’un système d’approvisionnement dans les conditions encore plus compliquées de la guerre contre le Hamas à Gaza a été utile. Les officiers logistiques de la 98e division expliquent que l’installation de congélateurs alimentés par générateur, de fours à pizza, de bars à sushi et de rôtisseries à shawarma mobiles les a convaincus qu’il n’y avait aucune raison que les combattants mobilisés contre le Hezbollah au Liban ne bénéficient pas eux aussi des bons petits plats d’ima Israël.

Lorsque je déplore qu’une partie de mes impôts en Belgique serve à subsidier des associations socio-culturelles belges qui promeuvent l’intifada globale, de Bruxelles à Gaza, et que tant de responsables politiques aient bradé leur boussole morale pour quelques voix et un plat de lentilles, je me console en songeant aux Israéliens dont les impôts envoient des robots au front pour régaler les soldats d’entrecôtes fumées et d’ananas juteux. 

Écrit par : Noémi Garfinkel

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