L’interdiction faite aux supporters du Maccabi Tel Aviv d’assister à un match d’Europa League à Birmingham en novembre 2025 révèle les graves défaillances de la police locale. Fondée sur des dissimulations et des informations biaisées, exagérées ou fausses, cette décision a été prise sous la pression d’élus et de groupes militants islamistes locaux. L’affaire met en lumière un climat plus large où le maintien de l’ordre public devient un prétexte à des discriminations ciblant les Juifs et les Israéliens.
Le 29 août 2025, le Maccabi Tel Aviv est tiré au sort pour affronter, le 6 novembre 2025, Aston Villa, le club historique de Birmingham, dans le cadre de l’Europa League. Très rapidement, des élus locaux musulmans fortement anti-israéliens se mobilisent pour exiger le boycott de cette rencontre. Ainsi, le 17 septembre 2025, le député indépendant local Ayoub Khan et le conseiller municipal Mumtaz Hussain publient une vidéo appelant à « annuler d’urgence ce match ». Ayoub Khan, élu sur la base d’un programme exclusivement axé sur Gaza, lance également une pétition pour interdire cette rencontre en invoquant des raisons « morales ». Le conseiller municipal travailliste de Birmingham, Waseem Zaffar, rédige pour le Birmingham Mail une tribune expliquant qu’il boycottera le match pour protester contre les actions d’Israël à Gaza. Certains responsables de mosquées, déjà associés à des incidents antisémites et sexistes, s’engagent eux aussi dans cette campagne. Cette atmosphère militante, loin d’être marginale, pèse lourdement sur les épaules du Chief Constable Craig Guilford, chef de la West Midlands Police chargée du maintien de l’ordre à Birmingham.
Au sein de la communauté musulmane, qui constitue 30 % de la population locale, les esprits s’échauffent, d’autant plus que depuis le 7 octobre 2023, des manifestations massives de soutien à la Palestine y sont régulièrement organisées. Le passage à la violence n’est plus une simple hypothèse de travail pour les forces de l’ordre. En effet, un rapport de renseignement policier hautement confidentiel, daté du 5 septembre 2025, indique que des éléments de la communauté musulmane locale prévoyaient de s’armer pour s’attaquer aux supporters du Maccabi. Le 18 septembre, les responsables de la police de Birmingham disposent de « renseignements très fiables concernant une menace sérieuse » provenant de musulmans de la ville. Le chef adjoint de la police, Mike O’Hara, le confirmera le 6 janvier 2026 devant des députés de la Chambre des communes : « Nous avons reçu de nombreuses informations et renseignements suggérant que des personnes allaient activement rechercher les supporters du Maccabi Tel Aviv pour leur faire subir des violences. Nous étions donc dans une situation assez tendue au niveau local. »
Mosquées radicales consultées par la police
Curieusement, la police consulte différentes mosquées connues pour leur radicalisme, dont celle de Green Lane à Birmingham, un lieu de culte à la réputation sulfureuse, où des prédicateurs affirment que les hommes peuvent punir physiquement leurs femmes et que celles-ci ne doivent pas quitter leur domicile sans l’autorisation de leur mari. En revanche, la police ne se préoccupe guère de l’opinion de la petite communauté juive locale, forte d’environ 1.500 personnes, qui n’apparaît que comme une variable d’ajustement.
Influencée par les personnalités musulmanes les plus véhémentes et craignant la menace posée par les islamistes locaux, la police décide d’interdire la présence des supporters israéliens. Le 7 octobre 2025, le Safety Advisory Group (SAG), l’organisme local chargé de la coordination en matière de sécurité lors d’événements publics — dont Hussain et Zaffar sont membres — se réunit avec la police, les pompiers, le conseil municipal et d’autres organismes pour discuter du match. Zaffar et Hussain y expriment l’opposition de la communauté musulmane à la tenue de la rencontre. Le chef de la West Midlands Police suggère alors au SAG d’interdire la présence des supporters israéliens. Le 16 octobre 2025, le SAG décide officiellement que, pour des raisons de sécurité, le match entre le Maccabi et Aston Villa se déroulera sans supporters visiteurs.
Dissimulation de la menace de violences musulmanes
Lorsque cette décision d’interdiction, visant exclusivement les supporters israéliens, est rendue publique, elle est condamnée par la communauté juive britannique ainsi que par de nombreux responsables politiques, dont le Premier ministre Keir Starmer. Face à ces critiques, les chefs de la West Midlands Police cherchent désespérément une justification objective et légitime à l’interdiction. Ils élaborent alors un scénario fondé sur un véritable tour de passe-passe : d’une part, ils dissimulent sciemment les renseignements relatifs à la menace de violences musulmanes visant les supporters israéliens ; d’autre part, ils gonflent artificiellement des accusations infondées concernant la prétendue dangerosité des supporters du Maccabi, soupçonnés de vouloir semer la violence dans les rues de Birmingham. Pour ce faire, ils invoquent de graves violences prétendument commises par ces supporters lors d’un match à Amsterdam en novembre 2024. Dans un rapport, ils affirment qu’à Amsterdam, une foule de 500 supporters du Maccabi « choisissait au hasard des musulmans pour les agresser » et qu’une opération policière mobilisant 5.000 agents avait été nécessaire ! Ils ajoutent même que, selon « une évaluation d’impact réalisée par la West Midlands Police, certains Juifs de Birmingham souhaitaient que les supporters du Maccabi soient interdits de stade en raison des troubles que leur présence pourrait entraîner »[1].
Ce narratif et ces justifications sont rapidement contestés. Dès le 19 novembre 2025, la presse anglaise évoque un document de la police néerlandaise contredisant le récit des incidents violents d’Amsterdam. Selon ce document, ce sont les supporters du Maccabi qui avaient été délibérément pris pour cible. À la suite de ce match, une violente émeute avait éclaté, au cours de laquelle des gangs locaux composés de musulmans avaient attaqué des supporters israéliens dans ce que les responsables néerlandais ont qualifié de « chasse aux Juifs ». Le 27 novembre 2025, sur le réseau X, la maire d’Amsterdam, Femke Halsema, indique qu’elle ne « reconnaît pas » les affirmations de la West Midlands Police selon lesquelles 500 à 600 supporters du Maccabi auraient « délibérément pris pour cible » des musulmans, ou que 5.000 policiers auraient été mobilisés pour les contrôler.
À l’initiative de députés inquiets des implications en matière de maintien de l’ordre et de discrimination, la Commission des affaires intérieures de la Chambre des communes (Home Affairs Committee) convoque les responsables de la West Midlands Police. L’audition se tient le 1er décembre 2025 et vise à décrypter le processus décisionnel ayant conduit à interdire aux supporters israéliens d’assister au match d’Europa League. Les auditions révèlent que le rapport sur lequel s’était fondée la police était truffé d’erreurs factuelles, d’omissions et de mensonges. Cela n’empêche pourtant pas le chef de la West Midlands Police, Craig Guilford, d’adopter une posture désinvolte. Interrogé par le député travailliste Peter Prinsley sur les raisons pour lesquelles les informations concernant le risque d’incidents violents visant les supporters israéliens n’avaient pas été révélées publiquement — les députés n’en ayant eu connaissance que par la presse, le jour même de l’audition — Guilford répond : « On ne me l’a jamais demandé. C’est la première fois que vous m’interrogez précisément sur ce détail ! »
Au cours de cette audition, il apparaît que les chefs de la West Midlands Police ont induit en erreur les députés, en maintenant leur version selon laquelle les supporters israéliens constituaient une menace, tout en dissimulant sciemment les pressions d’extrémistes musulmans et les risques d’incidents violents visant ces supporters. Une seconde audition se tient le 6 janvier 2026, au cours de laquelle certaines vérités commencent à émerger, même si la police s’accroche encore à son récit tronqué.
Biais de confirmation
Dans ce contexte explosif, il est décidé de confier à Sir Andy Cooke, His Majesty’s Chief Inspector of Constabulary, la tâche de faire toute la lumière sur cette affaire. Le 14 janvier, il rend un rapport intermédiaire confirmant que des preuves erronées et fausses ont été sciemment utilisées pour justifier l’interdiction faite aux supporters du Maccabi Tel Aviv d’assister au match à Birmingham. Plutôt que de s’appuyer objectivement sur l’ensemble des informations recueillies, la police a privilégié les éléments confirmant son hypothèse préétablie et négligé ceux qui la contredisaient. C’est précisément ce biais de confirmation que souligne Andy Cooke : « Tout cela m’amène à conclure que le biais de confirmation, concernant le comportement des supporters du Maccabi Tel Aviv, a joué un rôle dans la manière dont la West Midlands Police est parvenue à sa solution tactique préférée, ainsi que dans la détermination avec laquelle elle l’a présentée au SAG. L’insistance de la police n’a laissé aux membres du SAG d’autre choix que d’accepter que la réduction à zéro du nombre de billets attribués aux supporters visiteurs était la seule mesure viable pour protéger le public. Dans ces circonstances, la recommandation faite au SAG aurait dû être remise en question et examinée plus attentivement au sein de la West Midlands Police.[1] »
Sir Andy Cooke indique aussi que la police a exagéré la menace posée par les supporters du Maccabi Tel Aviv, tout en minimisant le risque encouru par les supporters israéliens s’ils s’étaient rendus dans la région. Concernant les incidents d’Amsterdam, le rapport relève que les preuves accablant les supporters israéliens étaient « soit exagérées, soit tout simplement fausses ».
Contrairement à ce qu’affirmait initialement la police, Sir Andy Cooke établit que les représentants de la communauté juive locale n’ont pas été consultés suffisamment tôt. Lorsque la police les sollicite, elle avait déjà recommandé au SAG de réduire à zéro le nombre de billets attribués aux visiteurs. Les opinions de la communauté juive locale n’ont donc pas été prises en compte. Sir Andy Cooke note par ailleurs que la police a manqué de nombreuses occasions de dialoguer efficacement avec cette communauté : « En raison de la composition de la population locale et de l’incapacité déclarée de la West Midlands Police à dialoguer efficacement avec la communauté juive, la police a été confrontée à un déséquilibre dans l’éventail et la force des opinions entendues. Il me semble que la police n’a pas reconnu ce déséquilibre ni pris de mesures satisfaisantes pour y remédier. »
Conclusions accablantes
Après avoir pris connaissance de ces conclusions, la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, déclare devant les députés que « les conclusions intermédiaires du rapport sont accablantes. Il n’y a pas d’autre manière de les décrire ». Elle affirme ensuite « avoir perdu confiance dans le chef de la West Midlands Police ». Bien que le gouvernement ne puisse pas révoquer un chef de police, elle rappelle que « cela faisait plus de 20 ans qu’un ministre de l’Intérieur n’avait pas exprimé une telle défiance envers un chef de police ». Après avoir essuyé ces critiques, Craig Guilford a décidé de prendre anticipativement sa retraite.
Au-delà de ses implications locales, cet épisode offre un miroir troublant de la situation vécue par de nombreux Juifs en Europe depuis le 7 octobre 2023. Une situation où des actes hostiles, des pressions politiques ou des décisions sécuritaires biaisées peuvent être justifiés au nom d’un soutien à Gaza, même lorsque ce soutien s’exprime par des discriminations, des exclusions ou des narratifs tronqués visant des individus du seul fait de leur nationalité ou de leur lien avec Israël.
Cette affaire ne constitue donc pas seulement un scandale policier. Elle est le symptôme d’un climat plus large, où l’hostilité envers les Juifs ou les Israéliens s’exprime parfois sous couvert de considérations politiques ou humanitaires, et où les autorités elles-mêmes peinent ou refusent d’assurer l’impartialité et la protection auxquelles tous les citoyens devraient avoir droit.
Un autre aspect central de cette affaire tient à l’usage commode et profondément problématique de l’argument sécuritaire. Lorsqu’une menace est inventée, amplifiée ou instrumentalisée, comme cela semble avoir été le cas ici, l’invocation de maintien de l’ordre public devient un outil politique plutôt qu’une mesure de protection. En se réfugiant derrière ce prétexte, les autorités ne sanctionnent jamais ceux qui créent effectivement le risque : les individus qui profèrent des discours de haine, les organisateurs d’actions intimidantes ou les faiseurs d’opinion qui attisent les tensions.
Logique de double peine
Ce sont toujours les mêmes qui paient le prix : les Juifs, auxquels on interdit des événements publics, des rassemblements culturels, sportifs ou associatifs, et, de manière plus générale, toute possibilité d’exprimer une vie juive visible et normale dans l’espace public. En prétendant éviter les troubles ou prévenir la menace, on entérine l’idée que la présence juive elle-même constituerait un facteur de désordre. On impose une logique de double peine où ceux qui subissent l’hostilité se voient en outre privés de leurs droits les plus fondamentaux.
Au-delà de ses particularités locales, cette affaire a une portée universelle en ce qu’elle éclaire une dynamique précise : dès que l’État ajuste ses décisions en fonction de la peur de la meute plutôt qu’en fonction du droit, il contribue à la renforcer comme centre réel de pouvoir dans l’espace social. Au lieu de protéger les potentielles victimes, il internalise la logique de la meute : on adapte la norme aux menaces, au lieu de contraindre les menaçants. La morale de cette affaire est donc la suivante : quand la police interdit ou décourage des rassemblements parce que des groupes radicaux pourraient réagir violemment, elle entérine la puissance de ces groupes comme instance de fait de régulation, et se place dans une position de soumission à la logique grégaire de la meute imposant ses choix par la terreur.






