Regards n°1120

Rachel Cockerell, 22 Mapesbury Road, traduit de l’anglais par Myriam Anderson, Éditions La table ronde, 438 p.

Voici l’histoire d’une famille, dont le nom ne dira sans doute pas grand-chose : les Jochelman. Elle vécut d’abord à Kichinev, alors en Russie, fut témoin direct de la naissance du sionisme politique, de ses enthousiasmes, de ses désillusions, de sa victoire finale. Elle émigra aux Etats-Unis, imagina qu’à défaut de la Palestine, un coin du Texas ferait l’affaire pour ces Juifs russes en proie aux pogroms. Elle émigra à Londres et finalement à Jérusalem. L’auteur Rachel Cockerell est l’une des descendantes de cette famille. Elle a l’insigne mérite d’avoir recollé les morceaux dispersés, recomposé le puzzle généalogique, au Canada, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Israël. Son livre, dont le titre constitue la dernière adresse de la famille londonienne, nous donne à lire le résultat passionnant de ses recherches. Ce document se lit comme un roman vrai. Son originalité, unique à ma connaissance, vient que cette histoire stratifiée n’est pas racontée par un narrateur supposé omniscient, mais en direct, au jour le jour, par des témoins prestigieux ou inconnus, des coupures de journaux. Nous rencontrons tour à tour Theodor Herzl, Stephan Zweig, Israël Zangwill, « le Dickens du ghetto » et Jabotinsky. Le débat fit rage entre ceux qui ne démordaient pas du seul but légitime : Sion, et ceux qui estimaient que Sion pouvait être ailleurs qu’en Palestine, par exemple en Ouganda. Zangwill était de ceux-là, qui disait : « Si nous ne pouvons obtenir la Terre sainte, nous pouvons faire sainte une autre terre. » L’histoire prit d’abord une autre direction.

Le pogrom de Kichinev eut pour conséquence une immigration massive dans le grouillant Lower East Side de New York et ses sordides tenements. Autre idée de Zangwill, secondé, à Kiev, par le Dr David Jochelman : expédier nos Juifs vers un port du Texas, Galveston, pour ensuite les dispatcher vers l’Ouest américain. On se dit, à l’issue de cette lecture, que ces familles juives ont eu la bonne idée et la bonne fortune d’émigrer à temps en Angleterre ou en Amérique, préservant ainsi leur généalogie.

Écrit par : Henri Raczymow

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