Regards n°1074

Une vie de chien ? Non, pire ?

On se souviendra qu’en 2014, un cafetier turc de Saint-Nicolas (Liège) avait placardé sur la vitrine de son bistrot une affichette informant que « Dans ce commerce, les chiens sont autorisés, mais les Juifs en aucun cas ».

Est-ce la mansuétude à l’égard du meilleur ami de l’Homme qui explique que l’affaire fut classée sans suite par le parquet de Liège ? On n’ose le croire ! En tout cas, cet apparent déni de justice fit scandale jusqu’aux Etats-Unis, mais peut-être bien à tort. C’est que notre bistrotier était d’origine musulmane, bref « non blanc ». Or, à suivre les nouvelles théories antiracistes importées depuis l’Outre-Atlantique, le seul et véritable racisme, structurel et systémique, ne saurait être que « blanc ». Par définition. Un « racisé » qui plus est d’origine musulmane, ne saurait donc être raciste, comme le précise fort doctement la brochure de référence décoloniale de BePax : « Etre blanc.he : le confort de l’ignorance. Racisme et identité blanche. Extrait choisi : « Il est évident qu’une personne blanche peut être l’objet (d’insultes). L’enjeu n’est pas de dire que cela ne peut pas arriver, ni même que cela ne peut pas être blessant. Mais il ne s’agit pas de racisme (…) Les possibles réactions anti-blanches sont des phénomènes strictement individuels, d’une faible ampleur, sans résonnance dans une histoire violente et déshumanisante, et sans impacts structurels sur le vécu des personnes blanches ».

Bref, un citoyen turc ne saurait être qualifié de raciste ou d’antisémite ! On aimerait croire Nicolas Rousseau, l’auteur de cette étude de BePax, n’était par exemple le génocide des Grecs Pontiques, des Syriaques et des Arméniens* et surtout pour ce qui concerne notre affaire… la détermination de la couleur (physique comme sociale) des Juifs. On pensait sincèrement la question réglée depuis plus de 85 ans, depuis les fameuses lois antisémites de Nuremberg et les conséquences fatales à sept chiffres pour les Juifs. Mais non ! Rien n’y fait : les six millions de Juifs assassinés par les nazis n’en font toujours pas des « racisés » (cf. Houria Bouteldja ou Rokhaya Diallo) et ce, au contraire des Arabes qui, pourtant, se tiennent pour Blancs certainement, en tout cas, dans leur rapport aux Noirs. Ainsi, en Mauritanie, pays de l’esclavage noir par excellence, les Maures arabo-berbères ou Beydanes (« hommes blancs ») continuent d’exercer un contrôle absolu sur les Maures noirs (Haratines).

Qui donc est blanc et noir (racisé) s’agissant des Juifs et des Arabes, surtout si l’on songe à la situation d’infériorité structurelle, systémique des Juifs dans la Cité musulmane (dhimmitude) ? L’éminence grise décoloniale de l’UPJB en vient elle-même à hésiter, se présentant tantôt comme « blanc », tantôt comme « racisé » en tant que Juif ! Nicolas Rousseau préfère, quant à lui, botter en touche. On chercherait en vain dans sa catéchèse antiraciste décoloniale de 70 pages un début de réflexion sur l’antisémitisme, fût-il d’origine… blanche. C’est assez fâcheux si l’on songe que les Juifs restent les premières victimes du racisme, en tout cas violent et/ou conspirationniste.

Qui songerait, en effet, à accuser « les » musulmans d’avoir inventé le coronavirus pour se faire de l’argent ou encore contrôler, comme le poste le très progressiste Jean-Marie Dermagne, la quasi-totalité des banques centrales mondiales ? Il ne manque pourtant pas de milliardaires qataris ou saoudiens ? Qui songerait encore à insulter, voire tabasser un quidam au hasard d’une rue parce qu’ostensiblement juif à l’instar des Haredim anversois ? Qui songerait, enfin, à assassiner une vieille dame, autre que juive, au nom d’un Dieu tout puissant et surtout miséricordieux ? Miséricordieux, à tout le moins pour l’assassin si l’on songe qu’il ne sera finalement pas poursuivi pour cause d’irresponsabilité pénale. Tout en entérinant le caractère antisémite du crime, la Cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire française a, en effet, confirmé le 14 avril dernier, « l’abolition du discernement » du meurtrier, pris d’une « bouffée délirante » sur fond de forte consommation de cannabis au moment des faits. Cet arrêt est d’autant plus incompréhensible que dans toute autre affaire, la prise de stupéfiant constitue une circonstance aggravante et non atténuante. Plus encore si l’on songe que l’antisémitisme tient par essence de la psychose, de la paranoïa sociale, d’une multitude de bouffées délirantes et meurtrières ! Songez aux discours hallucinés d’Adolf Hitler ! Songez aux écrits d’un Céline ! Faudra-t-il en arriver à excuser, sinon comprendre les génocidaires nazis parce que dopés, ici, à la cocaïne (Goering), à l’opium (Hitler) ou encore simplement au Schnaps (Einsatzgruppen) pour accomplir leur terrible besogne ?

Permettez-moi de terminer sur une note optimiste : un Marseillais vient d’être condamné à un an de prison ferme pour avoir jeté un chien par la fenêtre. Circonstance aggravante : il était, nous dit-on, sous l’emprise de la drogue. Tiens donc ! Mon hypothèse se confirme donc : en ce début du 21e siècle, mieux vaut être un chien qu’un Juif. Tant mieux pour les chiens.

*Merci Ô Biden d’avoir osé la reconnaissance du génocide des Arméniens ! Mais quand donc Israël osera-t-il franchir ce pas salvateur ?

Écrit par : Joel Kotek
Politologue et historien
joel kotek

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