Regards n°1122

Des mots qui tuent, une justice qui se tait

Après l’acquittement de l’écrivain Herman Brusselmans pour une chronique appelant explicitement à égorger les Juifs, puis le rejet de nouvelles poursuites au nom du principe non bis in idem, la communauté juive belge exprime sa profonde inquiétude. Dans un témoignage fort, Viviane Teitelbaum, secrétaire générale de l’Institut Jonathas, alerte sur ce qu’elle considère comme un précédent judiciaire dangereux et un signal d’abandon envoyé aux Juifs de Belgique.

Après que l’association JID et une seconde plaignante ont assigné directement en justice l’écrivain flamand Herman Brusselmans pour avoir publié, le 4 août 2024, dans Humo, une chronique contenant la phrase : « (…) j’ai envie d’enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif que je rencontre », le tribunal correctionnel de Gand a statué, le 11 mars 2025, en l’acquittant de toute violation des lois contre le racisme et le négationnisme.

Le tribunal a estimé que « le style incisif, critique et polémique du défendeur, dans les citations isolées et critiquées des différentes chroniques, ne constitue pas des comportements punissables ». Le ministère public, qui ne s’était pas joint à l’action pénale et avait requis l’acquittement, n’a pas interjeté appel de cette décision.

Parallèlement, l’Institut Jonathas, le Comité de coordination des organisations juives de Belgique, le Forum der Joodse Organisaties et le Centre communautaire laïc juif se sont constitués parties civiles contre Herman Brusselmans devant le juge d’instruction du tribunal correctionnel de Gand pour incitation à la haine et à la violence, ainsi que pour menaces d’attentat contre des personnes.

Estimant que l’action publique était éteinte en raison de la décision pénale définitive du 11 mars 2025, rendue sur les mêmes faits, conformément au principe non bis in idem, le parquet a requis le rejet des poursuites. Le 2 janvier 2026, la chambre du conseil du tribunal de première instance de Gand a suivi cette position en constatant la prescription de l’action publique à l’encontre d’Herman Brusselmans pour les faits liés à sa chronique du 4 août 2024.

À travers ces décisions, la justice gantoise fait de la Belgique un paradis pénal pour les antisémites, leur permettant, selon cette lecture, d’inciter en toute impunité au meurtre des Juifs. Afin de souligner la gravité de ce précédent judiciaire inquiétant, nous publions ci-dessous le témoignage de Viviane Teitelbaum, secrétaire générale de l’Institut Jonathas, au nom des quatre parties civiles devant la chambre du conseil du tribunal de première instance de Gand. 

Écrit par : Véronique Lemberg

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