Regards n°1127

La sélection estivale de Tamara Weinstock

Pour accompagner les longues journées d’été, Tamara Weinstock vous propose une sélection de livres à dévorer sous le soleil : de quoi ne pas bronzer idiot, tout en transmettant aux plus jeunes le goût et le plaisir de la lecture.

Rachel Darmon, La petite aquarelle au-dessus du canapé, Librinova

Après des études de littérature française à l’université de Tel Aviv, Rachel Darmon a été responsable de la section française d’un lycée à Tel Aviv pendant de nombreuses années. Aujourd’hui, elle se consacre à l’écriture. Elle est également traductrice et tient une chronique dans Tribune juive. En 2019, elle a publié son premier roman, Le gâteau de Varsovie, dans lequel elle décrit son enfance dans une famille de rescapés de la Shoah. Son dernier texte, moins autobiographique, est à la fois une enquête policière et un récit de quête identitaire.

La petite aquarelle au-dessus du canapé raconte un moment clé dans l’existence de deux jeunes femmes, Léa et Laure. Léa vient de perdre sa grand-mère adorée et se rend au kibboutz pour l’enterrement. A la tristesse causée par le deuil et cette absence désormais définitive, s’ajoute une prise de conscience brutale : elle ne sait rien de la jeunesse de sa grand-mère ni des années qui ont précédé son arrivée en Israël.

En interrogeant une des amies de son aïeule, elle apprend que Malka avait passé un long moment au camp de réfugiés d’Atlit après avoir fui Vienne. Petit à petit, Léa découvre un passé délibérément laissé sous silence : un premier mariage, la naissance d’un petit garçon, une carrière de peintre.

Mais surtout, dans une enveloppe que sa grand-mère lui avait destinée, se trouve une clé accompagnée d’une liste énigmatique. Erez, fils de l’amie de sa grand-mère, va aider la jeune femme dans ses recherches. Passionnés par l’énigme, ils découvrent que leurs familles respectives possédaient non seulement des tableaux de grande valeur qui ont été spoliés par les nazis pendant la guerre, mais également des biens qu’ils avaient réussi à mettre à l’abri dans un coffre en Suisse. Avec détermination, les jeunes gens font appel à des avocats et se lancent dans un projet ambitieux de restitution.

De son côté, la grande amie de Léa, Laure, fait son stage à Paris chez un commissaire-priseur renommé, connu pour son professionnalisme, son exigence et sa droiture. Elle découvre le monde grisant de la vente, mais aussi ses zones d’ombre, en particulier en ce qui concerne l’origine de certaines œuvres. Son intuition et sa perspicacité permettront d’identifier un ancien nazi qui détient et revend des tableaux volés à des familles juives.

Construit comme une enquête policière, le roman de Rachel Darmon évoque le trafic d’œuvres spoliées pendant la Shoah et revendues encore aujourd’hui, le drame des juifs d’Europe au moment de la montée du nazisme, le refus des Britanniques de les accepter en Palestine et le silence des rescapés après la guerre… Il aborde aussi, plus simplement, les questionnements de deux jeunes femmes qui s’engagent dans leur vie d’adulte, découvrent l’amour, recherchent une existence qui a du sens.

À travers le personnage attachant de Pierson se pose la question du rapport au travail, du besoin de relations humaines, des principes déontologiques qui nous guident – ou non. Écrit avec élégance, bien construit et solidement documenté, le roman de Rachel Darmon se lit d’une traite.

Michelle Huneven, La famille Samuelson, Éditions Les Escales.

Michelle Huneven a grandi en Californie entre une mère juive et un père athée né dans une famille protestante. Elle est également journaliste. Elle enseigne l’écriture créative à l’UCLA. La famille Samuelson est son sixième roman et a été publié en anglais sous le titre Bug Hollow.

Si les références au judaïsme sont très nombreuses dans le roman (fêtes, plats, rites, liens de parenté), l’histoire de la famille Samuelson aurait en réalité pu se dérouler dans n’importe quelle famille de la classe moyenne américaine.

La famille Samuelson, c’est Sib, Phil et leurs trois enfants : Ellis, Sally et Katie. Une famille qui brutalement brisée par la mort du fils ainé, la veille de sa rentrée universitaire. D’une certaine manière, ils deviennent dès lors des étrangers les uns pour les autres. Comment un couple, une famille entière, survivent-ils à deuil aussi brutal ? Décennie après décennie, nous suivons les tentatives de chacun de se reconstruire, les choix qu’il affronte ou fuit. 

Une route marquée par le doute, les déceptions, les épreuves, les secrets et l’usure du temps. Mais aussi, par le hasard, les rencontres, des victoires : le spectacle de la beauté du monde et celle à laquelle on peut décider de contribuer. L’histoire de la vie, tout simplement. Un roman sur la résilience, tendre, terriblement mélancolique et profondément optimiste à la fois.

Pour la jeunesse

Deborah Danblon, Demain ? Des fleurs ! Oskar éditeur (9 ans +)

Assistante de direction artistique et de production au théâtre, auteure, lectrice, libraire, chroniqueuse, Deborah Danblon vient de publier un récit qui s’adresse aux pré-ados.

C’est la rentrée des classes. Sammy déteste les changements, et la perspective d’intégrer une nouvelle école le terrifie. Pourtant, très vite, il va se sentir en sécurité dans sa classe kangourou, entre Sahar l’extravertie, Lyra la (trop) discrète, Victoria, incapable de reconnaitre les visages, et Mme Anne, si attentive. Ils apprennent à se connaitre, mais surtout à s’entraider, pour résoudre leurs exercices respectifs ou se protéger des moqueries des caïds dans la cour.

Arrive la semaine des ateliers. A la stupéfaction de Mme Anne qui s’apprêtait à y renoncer, le petit groupe se montre enthousiaste à l’idée de participer à un stage de boxe-théâtre. Une idée qui va les rassembler autour d’un projet commun : un entrainement physique intense, des enchainements, un poème de Prévert, mais plus que tout, la prise de conscience que c’est contre eux-mêmes qu’ils doivent apprendre à lutter. Une petite victoire avant de retrouver la routine et leurs progrès en dents de scie. Ponctué de citations qui donnent le ton des chapitres, le texte de Deborah Danblon parle de différence, de préjugés, de solidarité et de courage. Avec tendresse, il raconte l’école de la vie, où chacun se débrouille comme il peut pour avancer.

Pauline Bebe & Serge Bloch, Quand les étoiles chantaient, Éditions Gallimard jeunesse (6 ans +)

Pauline Bebe est rabbin réformé. Elle a fondé la communauté juive libérale Maayan de Paris. Elle est l’auteure de nombreux livres sur le judaïsme.

Son dernier ouvrage est une véritable merveille. Vous y lirez la leçon d’humilité du roi Salomon, le miracle des halots et l’origine des larmes.  Vous y apprendrez que les lettres contiennent des secrets et que la justice avance sur deux jambes. Et bien d’autres perles de sagesse encore…

Ces contes sont le fruit de plusieurs rencontres. Tout d’abord, celle de Pauline Bebe avec les textes : Talmud, Midrash, contes hassidiques, parfois des histoires dont on ignore l’origine et qui se sont transmises de génération en génération.

Elles résultent ensuite du rendez-vous hebdomadaire de l’auteure avec les enfants, leurs parents et grands-parents, venus assister au temps de l’histoire du rabbi, depuis plus de trente ans.

Comme l’explique Pauline Bebe, « chaque conteur les adapte et les transforme », car « c’est ainsi qu’une tradition se transmet : on y met du sien, un bout de son cœur, un bout de son âme ».

Enfin, ce recueil est né de la rencontre de l’auteure avec Serge Bloch, immense dessinateur dont le trait vif donne vie à ces histoires malicieuses, tendres et remplies de sagesse.

Arnold Lobel, Les oursons de l’air, Mouche (4 ans +)

Arnold Starck Lobel était un dessinateur, auteur et illustrateur américain de littérature jeunesse, connu en particulier pour les histoires de Hulul le hibou. Les oursons de l’air, publié en 1965 aux Etats-Unis, vient seulement d’être traduit en français.

Grand-père ours lit à ses quatre petits-enfants son livre préféré, qui explique ce que doivent savoir faire les petits ours : grimper aux arbres, attraper des poissons, se promener et dormir. Seulement, nos quatre oursons se révèlent particulièrement maladroits quand il s’agit de mettre ces conseils en pratique, ce qui met grand-père fort en colère.

Il se lance donc dans une démonstration qui aurait tourné à la catastrophe sans les dons particuliers des petits. Depuis ce jour-là, assis sur son livre, le vieil homme admire leurs acrobaties, leur adresse au lasso, et le don pour la musique de ses oursons. Une ode à la fantaisie, à l’expression de soi et de toute forme d’art. Fabuleux !

Écrit par : Tamara Weinstock

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