Le Mémorial de la Shoah expose un reportage photographique documentant la première arrestation massive de Juifs en France, la rafle du 14 mai 1941 dite du « billet vert », ordonnée par l’Occupant et organisée par les autorités françaises. Cette exposition et le livre qui l’accompagne proposent au public de participer à l’enquête qui a permis de retrouver l’identité du photographe, Harry Croner, un militaire allemand de la Propagandakompanie né de père juif.
Du 9 au 13 mai 1941, près de 6.500 Juifs étrangers, en majorité polonais, reçoivent une convocation de la préfecture de police, sur papier vert de petit format. Plus de la moitié des destinataires de ce « billet vert », signé par le commissaire de police, croient à une vérification administrative et se présentent à la convocation, en différents lieux de Paris et sa banlieue, le 14 mai. Ils sont aussitôt arrêtés. Les proches qui les accompagnent sont enjoints de revenir avec une valise d’effets personnels et des vivres. Les quelque 3.750 hommes détenus sont transférés en autobus à la gare d’Austerlitz, puis en train vers les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers (Loiret). Cette rafle est organisée par la police française, sous le contrôle de Theodor Dannecker, un adjoint d’Eichmann.
Les images de la Shoah en France sont quasi inexistantes. On ne connaît qu’une seule photo de la rafle du Vel’ d’Hiv’ ! Le reportage de Harry Croner est donc exceptionnel. Du gymnase Japy aux camps du Loiret, il photographie toutes les étapes de la rafle du « billet vert ». Ses images, bien composées, montrent les policiers français en action, avec Dannecker en position centrale. Ses vues de Juifs internés et de leurs proches désemparés contrastent avec les images de la propagande antisémite publiées dans la presse de la collaboration qui rapporte la rafle. Les photos de Croner témoignent aussi des conditions de vie précaires dans les camps du Loiret d’où la plupart des raflés du 14 mai 1941 seront déportés à Auschwitz l’été 1942. La majorité des raflés sont des artisans et ouvriers, le plus souvent mariés, dont les femmes et enfants seront victimes de la rafle du Vel’ d’Hiv’.
Épisode le mieux documenté de la déportation
Une série des photos de Croner avait été retrouvée et publiée par Serge Klarsfeld. À la suite de la découverte en 2020 de 98 photos de son reportage, provenant d’un lot de 200 planches-contacts de Harry Croner acquis par deux collectionneurs, la rafle du « billet vert » est aujourd’hui l’épisode le mieux documenté de la déportation des Juifs de Paris. Les recherches du Mémorial ont permis d’établir que Croner, membre de la Propaganda Kompanie (PK), actif à Paris en 1940-1941, était l’auteur de ce reportage exceptionnel. En France occupée, la presse et la prise d’images sont étroitement contrôlées par les Allemands. Les PK, crées par Goebbels, se composent de professionnels dont les images alimentent les films d’actualités (Die Deutsche Wochenschau) et le magazine illustré Signal. Photographe établi à Berlin, Harry Croner est mobilisé en 1939 mais sera renvoyé de la Wehmarcht en septembre 1941 pour « inaptitude au service militaire » en raison de ses origines juives du côté paternel. En 1943, il est déporté au travail en France. Après la guerre, il regagne Berlin et devient un photojournaliste renommé. Le livre accompagnant l’exposition du Mémorial publie l’ensemble des images de Croner, minutieusement décrites et commentées. Depuis la découverte de son reportage des familles ont reconnu leurs proches sur certaines des photos. Les témoignages de rares survivants de la rafle, conservés dans différentes archives, enrichissent le singulier récit visuel des événements par Harry Croner.
Infos
Livre : La rafle du billet vert. 14 mai 1941. Les photos retrouvées. Textes de Lior Lalieu et Jean-Marc Dreyfus. Éditions Calmann‑Lévy – Mémorial de la Shoah, 2026.
Exposition : Images de la rafle du « billet vert ». Une découverte exceptionnelle pour l’Histoire
Jusqu’au 31 décembre 2026 ; entrée gratuite ; tous jours (sauf samedi) : 10h-18h (10h-22h jeudi)
Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy–l’Asnier, Paris.






