Regards n°1105

Deux peuples, deux États. Ni plus ni moins

Dans De la guerre, son traité de stratégie militaire, Carl von Clausewitz (1780-1831) écrit que « La guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. » Pour que cette considération ne soit pas réduite à l’état de slogan, il ajoute : « En aucun cas, la guerre est une fin en soi. On ne se bat, paradoxalement, que pour engendrer la paix, une forme de paix. »

Plus de deux siècles plus tard, le Premier ministre israélien fait tout le contraire. Benjamin Netanyahou promet de « détruire le Hamas », mais au-delà des pressions militaires dont il parle sans cesse, il n’a pas de stratégie politique pour éliminer cette organisation terroriste ni de plan pour la remplacer en tant qu’autorité administrant Gaza le jour d’après. Par ailleurs, et c’est le plus tragique, le maintien de cette pression militaire n’a pas permis de ramener les otages israéliens sains et saufs, et elle a causé la mort de dizaines de milliers de civils palestiniens.

Ami Ayalon, directeur du Shin Bet (service de renseignement intérieur israélien) entre 1996 et 2000, a, quant à lui, certainement lu Clausewitz. Cela se voit lorsqu’il rappelle que si la guerre que mène Israël n’a pas de but politique, elle est inutile. Cet ancien commandant en chef des forces navales israéliennes a compris que l’occupation de la Cisjordanie, l’extension des colonies israéliennes, le siège de Gaza et le refus de tout compromis territorial n’apporteront pas aux Israéliens la sécurité dont ils ont tant besoin. « La victoire d’Israël serait de voir, de l’autre côté de la frontière, un État palestinien, parce qu’une fois qu’ils auront un État, ils auront quelque chose à perdre, et si j’ai appris quelque chose au Shin Bet, c’est que l’ennemi le plus dangereux est un ennemi qui n’a rien à perdre », a-t-il confié le 24 janvier dernier à un journaliste du Monde.

Israël ne peut donc gagner cette guerre seulement en détruisant le Hamas et en éliminant ses dirigeants. La seule façon pour Israël de vaincre le Hamas, c’est de lancer une initiative politique qui ravive l’objectif d’une solution à deux États. Elle constitue encore aujourd’hui la seule perspective de règlement durable du conflit israélo-palestinien. La recherche d’une solution à deux États n’est pas seulement un moyen de regagner le soutien de la communauté internationale, elle est surtout une nécessité existentielle pour garantir la sécurité et l’avenir de l’État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique.

En outre, et c’est essentiel, s’il y a bien une chose que le Hamas craint plus que tout, c’est la concrétisation d’un accord définitif sur base de la solution des deux États existant côte à côte. Dans un entretien qu’il a accordé en 1997 à un journal palestinien (Filastin al-Muslima), le fondateur du Hamas, le cheikh Ahmed Yassin, a affirmé que la seule chose qui empêcherait la victoire finale du Hamas (concrétisée par la création d’une Grande Palestine, s’étendant du Jourdain à la mer Méditerranée et gouvernée par la Charia) serait la reconnaissance par Israël d’un État palestinien à ses côtés.

Comme c’est souvent le cas dans l’histoire des conflits, la parole de l’ennemi irréductible doit être prise au sérieux. Elle n’est pas prononcée en vain. C’est pourquoi la création d’un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza aux côtés d’Israël, avec Jérusalem-Est pour capitale, ne sera pas une défaite pour Israël, mais une victoire, et le seul moyen d’éliminer le Hamas. C’est d’ailleurs ce que confirme Ami Ayalon dans un article qu’il a publié dans Foreign Affairs le 11 avril dernier : « La poursuite de la création d’un État palestinien ne représenterait ni une capitulation face au terrorisme ni une soumission aux diktats américains. C’est au contraire le meilleur moyen de réaliser le rêve sioniste d’un État d’Israël durable, juif et démocratique. » 

Écrit par : Nicolas Zomersztajn
Rédacteur en chef
22 bis

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