Dominique Missika, L’Affaire Bernard Natan. Les années sombres du cinéma français, Denoël, 255 p.

Affreux destin que celui de Bernard Natan, le magnat, le « nabab » du cinéma français de l’entre-deux guerres. Nahum Tanenzaph, son vrai nom, était né à Iassy en Roumanie en 1886. Fuyant les pogroms et l’antisémitisme, il rejoignit la France en 1906. Il fit une « belle » guerre de 14, gagna quelques médailles. C’était un homme à la fois ambitieux et modeste. Son rêve : faire de la production cinématographique française, à l’avènement du parlant, l’équivalent du MGM hollywoodien. Toutes proportions gardées, il y parvint. Au sommet de sa reconnaissance (financière, industrielle, politique et bien entendu artistique), il fut la proie de cabales antisémites d’une rare violence. Cet homme puissant avait d’autant plus d’ennemis jaloux que sa réussite était manifeste. 

Celui dont Natan avait racheté la production, à savoir Charles Pathé, n’était pas en reste pour souffler sur les braises. On l’accusa d’être un escroc, un usurpateur, un pornographe. C’est l’image qu’on donna de lui dans la fameuse exposition Le Juif et la France inaugurée à Paris le 5 septembre 1941, où il figure dans la rubrique “Les Juifs maitres du cinéma français”. Il devint un second Stavisky, objet de toutes les haines. A la veille de la guerre, Natan passa en jugement et fut emprisonné. Cela dura jusqu’en 1942 où il devait être libéré. Au contraire, comme Juif, on le conduisit directement au camp de Drancy, d’où il partit pour Auschwitz, sans retour. Le livre de l’historienne Dominique Missika est exemplaire. Il donne à voir l’ascension fulgurante de cet homme de génie, amoureux de la France, et met à nu sa chute brutale, inique, jusqu’à sa fin tragique. Après la guerre, comme l’écrit Dominique Missika, « le nom de Bernard Natan est enseveli sous des pelletées de silence ». Quand ce n’est pas sous une rumeur calomniatrice maintenue intacte depuis les années trente, voire décuplée, recopiée paresseusement d’un article, d’un livre à l’autre. Une enquête rigoureuse et combien salutaire.

Écrit par : Henri Raczymow

Esc pour fermer

Juliette Bour
Rencontre avec Juliette Bour
Génocide des Tutsi au Rwanda - Ces femmes impliquées dans le génocide des Tutsi du Rwanda
Mémoire
Naher Beth-Grigo
Témoignage de Naher Beth-Grigo
Génocide de 1915 - Témoignage de Naher Beth-Grigo
Mémoire
Baronne Régina Sluszny-Suchowolski
Témoignage de la Baronne Régina Sluszny-Suchowolski
Shoah - Témoignage de la Baronne Régina Sluszny-Suchowolski, enfant cachée
Mémoire
Visuel SITE UTICK 2025-2026 (5)
Atelier scrabble
Envie d’une pause sympa dans la semaine ? Le CCLJ vous propose une soirée Scrabble en duplicate : chacun joue(...)
Non classé
israel diplomatie religieuse
L’essor des actes antichrétiens à Jérusalem, un défi posé à Israël
Symptôme d’un Israël replié sur lui-même et toujours plus isolé sur la scène internationale, la multiplication des violences contre les(...)
Frédérique Schillo
Israël
netanyahou
Quand la santé de Netanyahou devient un fait politique
Après avoir longtemps dissimulé son état de santé, le Premier ministre Netanyahou a choisi de le politiser. Au risque d’en(...)
Frédérique Schillo
Israël