Regards n°1091

Jean-Paul Enthoven, Lignes de vie

Jean-Paul Enthoven, Lignes de vie, Grasset, 285 p.

Des années durant, j’ai lu ses chroniques littéraires dans le Nouvel Obs. Pour l’amoureux de la littérature que j’étais (et suis encore), c’était un enchantement. J’ai toujours lu Enthoven sous l’angle de ce que Barthes appela le plaisir du texte. L’érudition et la grâce conjuguées. Grand proustien devant l’Eternel (avec son fils Raphaël), mais pas que. Enthoven, c’est surtout le beau style, à chaque page, à chaque phrase. Elégance et dandysme, mais sans forfanterie.

Ici, il nous convie à ce qu’il appelle lui-même, et modestement, un « vrac », qui va de la bonne humeur à la mélancolie, et retour, où l’on peut voir, sinon du Proust, en tout cas du Montaigne et du Stendhal (bien plus que du Flaubert). Du côté de la liberté et de l’égotisme. On dirait qu’Enthoven vit exclusivement dans le monde enchanté de la littérature. Un peu chez les Verdurin, un peu chez les Guermantes. Chez tous les grands écrivains. Chez les aristocrates (d’Ancien Régime tant qu’à faire), pas franchement hostile à une Révolution pourvu qu’elle fût amusante et coquine.

Il n’est pas comme nous autres. Il ne se commet pas aux choses basses, trop terre-à-terre, trop proches du sol. Il ne daigne pas se baisser, ce n’est pas digne de lui et, pour respirer dans les hauteurs, inutile de se salir les mains. C’est un esprit des Lumières, un esprit supérieur, un esthète, un esprit fort, comme on n’en fait plus. Profond et léger. Ce dineur en ville invétéré adore les pessimistes qui par contraste parviennent à rehausser, comme il dit, son « goût déraisonnable du bonheur ». Mondain, amoureux de la littérature, et amoureux des femmes, surtout celles qu’on dit du monde ou mieux du grand monde. Un homme d’un autre temps en tout cas, incapable de vous dire le moindre mal de Jean-Paul Sartre. Ça ne trompe pas. Quant à juger du grand talent d’Enthoven, on lira avec ravissement les pages qu’il consacre à son unique rencontre avec Louis Aragon, « chevelure d’ange sous un large panama », la nuit de l’élection de Mitterrand à la présidence française en mai 1982. Aragon, princier et toujours stalinien, était entouré de ses jeunes adorateurs (les « libellules ») tournoyant autour de leur « Gros-Loulou » chéri rejoignant ses pénates, je veux dire son hôtel particulier rue de Varenne. Un morceau d’anthologie.

Écrit par : Henri Raczymow

Esc pour fermer

Visuel SITE UTICK 2025-2026 (23)
Dibook | Juifs et francs maçons
Quel fut et quel est le rôle de la Communauté juive belge et étrangère dans la franc maçonnerie ? Pourquoi(...)
Non classé
Visuel SITE UTICK 2025-2026 (23)
Dibook | Unia et l’antisemitisme
Voir clair sur les nouveaux chiffres Unia sur les actes d’antisémitisme en Belgique. Comment mieux recueillir des chiffres et des(...)
Non classé
Visuel SITE UTICK 2025-2026 (23)
Dibook | Séries israéliennes invisibles
Vous ne voyez plus les nouvelles séries et films israéliens? Normal, l’effet Gaza n’est pas loin. L’état de la production(...)
Non classé
antisémite
Bruxelles, miroir des préjugés antisémites belges
À Bruxelles, l’antisémitisme ne relève ni du passé ni de la marge. Une enquête de l’Institut Jonathas met en lumière(...)
Joel Kotek
Antisémitisme
edito
Juste une illusion, ou le début d’autre chose
Éditorial de Nicolas Zomersztajn
Nicolas Zomersztajn
Antisémitisme
bloc note
Triste anniversaire
Bloc-notes d'Elie Barnavi
Elie Barnavi
Israël