L’exposition La friche la galaxie de Michel Couturier, présentée à La Centrale for Contemporary Art de Bruxelles, révèle la poésie insoupçonnée des paysages urbains et péri-urbains, où fragments d’architecture, lumières discrètes et mythes anciens se rencontrent pour transformer notre regard sur le quotidien.
L’exposition la friche la galaxie présente les œuvres récentes de l’artiste juif liégeois Michel Couturier (1957-2024). Films, dessins et impressions numériques, figurent des paysages urbains et périurbains contemporains, des espaces de circulation, fonctionnels, balisés de grues de chantiers, lampadaires, caméras de surveillance… À travers ses images Michel Couturier révèle une poésie de « non-lieux ». Ses dessins répondent aux images animées, reproduisant des éléments architecturaux et industriels (fers à béton, panneaux, lampes), parfois en utilisant la feuille d’or qui capte la lumière et leur donne une intensité visuelle quasi iconique, contrastant avec leur banalité fonctionnelle. « Un peu à l’image des philosophes grecs péripatéticiens, Michel Couturier prend son appareil photo et se promène dans des paysages périurbains, ou des zones portuaires, comme dans Un royaume sans frontière (2018), filmé en Sicile », explique Tania Nasielski, veuve de Michel Couturier et commissaire de l’exposition avec Colette Dubois. « Des lieux peu accueillants, du transit de personnes, de marchandises, de navires, de migrations. Ce que l’anthropologue Marc Augé nomme des non-lieux, sans pittoresque, invisibles au regard, ou même, dérangeants. Michel parvient à en créer quelque chose qui devient de la poésie. »
La ville comme espace de circulation
Les films de Michel Couturier explorent ces « non-lieux ». Dans Un royaume sans frontière et L’enlèvement de Proserpine, les paysages actuels sont habités de références mythologiques, qui soulignent la persistance de récits antiques dans des espaces sans mémoire, reliant dans un paysage contemporain le passé au présent et l’art à la nature. Est-ce là le centre » explore la place Saint-Lambert à Liège, où se dressait jadis la cathédrale. Ce cœur politique et symbolique de la ville est devenu un vaste espace de circulation et de transit, un « non-lieu ». « Dans le travail de Michel Couturier je suis interpellée par la gravité de ces fers à béton aux formes massives et la grâce des horizons qu’il nous montre, traversés de nuées d’oiseaux migrateurs », souligne Tania Nasielski. « Il a créé un univers singulier, entre l’image fixe, l’image en mouvement et le dessin. Dans l’exposition, ses films sont projetés dans des boîtes blanches ouvertes, des White Box, faisant dialoguer ce qu’on voit à l’écran avec les dessins exposés.
La friche la galaxie sera malheureusement la dernière exposition de la Centrale for Contemporary Art, le bourgmestre de Bruxelles ayant décidé pour raisons budgétaires de ne plus financer ce musée communal, rénové en 2020. « Le musée dépend entièrement de la ville de Bruxelles avec quelques subsides de la fédération Wallonie Bruxelles. Cette fermeture sera une catastrophe collective, pour l’équipe, les artistes, et tout l’écosystème qui vit autour et grâce à la centrale », déplore Tania Nasielski. Soulignons la qualité du catalogue de l’exposition, La friche, la galaxie (Colette Dubois) publié aux Éditions La lettre volée en collaboration avec la Centrale.

Michel Couturier – La friche la galaxie, jusqu’au 22 février 2026
Mercredi-dimanche 10h30 – 18h
Centrale for Contemporary Art, Place Sainte-Catherine 45, 1000 Bruxelles






