Regards n°1121

Marcel Proust et Bernard Grasset, Correspondance

C’est sans même l’avoir lu que l’éditeur Bernard Grasset accepta de publier, en 1913, le premier volume de ce qui allait devenir A la recherche du temps perdu. Cette publication se ferait à compte d’auteur. Après coup, Grasset s’aperçut que cette œuvre était exceptionnelle, même s’il tenait Proust pour “l’homme le plus compliqué de Paris”. Les négociations furent en effet compliquées, comme elles le seraient plus tard avec Gaston Gallimard. Il fallait un intermédiaire qui connût fort bien les deux hommes. Ce fut René Blum, homme de lettres, frère cadet de Léon Blum qui s’y colla. Les innombrables corrections de Proust et surtout ses ajouts considérables seront dûment facturés par Bernard Grasset. Qu’on en juge : Proust négociait la composition du volume, les caractères typographiques, le nombre de signes par lignes, de lignes par page, la date de parution, le tirage, le prix de vente, le montant des droits, la publicité, le tirage initial, etc. Quand il reçoit ses placards d’épreuves, il ne se contente pas de les corriger : il réécrit le tout, et double le nombre de pages. D’où nouvelles épreuves, nouvelles réécritures, nouveaux ajouts, les imprimeurs s’arrachent les cheveux. Faut-il être un proustien accompli pur apprécier cet ouvrage ? Si vous partagez seulement avec moi la conviction que Proust est le plus grand écrivain de langue française de la première moitié du XXe siècle, alors cette correspondance vous passionnera, en dépit ou à cause du caractère obsessionnel de l’auteur, malade et alité. Après cette publication de Du côté de chez Swann, ces messieurs de la NRF s’avisent enfin qu’un très grand écrivain est né. Ils vont le disputer à Grasset, et avec succès, et au grand dépit de ce dernier. Cette nouvelle phase éditoriale est l’objet d’une autre histoire, que nous conte une autre correspondance, cette fois entre Proust et les Editions de la NRF et l’objet d’un autre livre qui parait, rien d’étonnant, chez Gallimard.

Écrit par : Henri Raczymow

Esc pour fermer

génocide
Du concept à l’accusation : comment faire d’Israël un État génocidaire
Qualifier Israël d’État génocidaire est devenu pour certains une évidence. Cette accusation repose largement sur une théorie en vogue dans(...)
Nicolas Zomersztajn
Société
extrême droite juife 1
Extrême droite : Les Juifs comme caution, Israël comme alibi
Le Vlaams Belang se veut aujourd’hui l’un des plus fervents défenseurs d’Israël et de la lutte contre l’antisémitisme en Belgique.(...)
Nicolas Zomersztajn
Politique, Antisémitisme
masculinisme
Masculininisme : quand la haine des femmes rencontre celle des Juifs…
De TikTok à YouTube, les nouveaux prophètes de la virilité séduisent des millions de jeunes hommes à travers le monde.(...)
Laurent-David Samama
Antisémitisme, Société
_Visuel ARTICLE REGARDS 2025-2026 (2)
La sélection estivale de Tamara Weinstock
Pour accompagner les longues journées d’été, Tamara Weinstock vous propose une sélection de livres à dévorer sous le soleil :(...)
Tamara Weinstock
Culture
livre samama
Poltava, New York et leurs fantômes
Dans Les Fantômes de Poltava (Éditions Héliopoles), Fabrice Lardreau remonte le fil d’une vie brisée par la guerre. À travers(...)
Laurent-David Samama
Culture
je lis nos coeurs
Tala Albanna et Michelle Amzalak, Nos coeurs invincibles, Correspondance entre une étudiante à Gaza et une étudiante en Israël, présentée par Dimitri Krier, Nouvel Obs/Flammarion, 165 p.
Pour comprendre quelque chose à la situation à Gaza et au conflit israélo-palestinien après les massacres du Hamas du 7
Henri Raczymow
Culture