Regards n°1095

Pierre Assouline, Le nageur

Connaissez-vous Alfred Nakache ? Né à Constantine en 1915 dans l’Algérie française, il venait d’une famille traditionaliste mais éclairée et républicaine. Il est bizarrement phobique de l’eau jusqu’à son adolescence où l’on pressent chez lui de précoces talents d’un futur champion de natation.

En 1933, à dix-huit ans, le voici à Paris. Ses succès vont s’y multiplier, dont le championnat de France du cent mètres nage libre. Le voici sur les traces de cet autre champion Johnny Weissmuller, alias Tarzan. Nakache participe aux Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, au grand dam des nazis qui ont déjà épuré tous les Juifs allemands des compétitions sportives. L’année suivante, il se marie avec son amie de toujours, la Constantinoise Paule Elbaze, elle-même championne de natation.

Avec l’instauration du régime de Vichy, Alfred Nakache se voit exclu de l’Education nationale (il était prof de gym) et, avec l’abrogation du décret Crémieux pour les Juifs d’Algérie, il redevint “indigène”. Il devient champion du monde dans sa spécialité : la brasse-papillon. C’est une bien étrange période pour Nakache. Les Juifs sont bannis de la société et lui seul a non seulement le droit de nager, de s’entrainer, mais en outre de remporter des médailles… à l’effigie de Pétain !

Pourtant, comme Juif il ne peut prétendre à de nouvelles épreuves de championnat, et s’il ne concourt pas, son absence même invalide tout enjeu sportif. A partir de 1943, il est de plus en plus violemment attaqué dans la presse antisémite. L’étau se referme sur lui comme sur des milliers d’autres Juifs. Il est bientôt arrêté avec femme et enfant (une petite Annie âgée de deux ans), et, en janvier 1944, conduits au camp de Drancy puis déportés à Auschwitz. Où Nakache est reconnu comme le champion qu’il est. Cela lui vaut d’être affecté au Revier de Monowitz, quelques privilèges à la clé. Au camp, il rencontre un autre grand sportif, le boxeur Young Perez, champion du monde en 1931, originaire, lui, de Tunisie et qui ne résistera pas à la marche de la mort en janvier 1945, par moins vingt degrés.

Nakache sera rapatrié à Paris en avril 1945, sans sa femme et sans sa fille, gazées le jour même de leur arrivée au camp. Nakache restera dans les mémoires comme “le nageur d’Auschwitz. Le récit d’Assouline est sobre et efficace. La rigueur de l’historien et le talent de l’écrivain nous emportent.

Écrit par : Henri Raczymow

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