Raphaël Jerusalmy, In Absentia, roman

Henri Raczymow
Je lis, tu lis, ils écrivent: Raphaël Jerusalmy, In Absentia, roman, Actes sud, 172 p.
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Un jeune écrivain, Pierre Delmain, celui auquel s’adresse le narrateur, se trouve détenu comme déporté politique dans un camp nazi en Alsace, “le seul camp de concentration opérant sur le sol français”. Il se retrouve par hasard au milieu de médecins SS, dont on comprend vite qu’ils se livrent à des expériences médicales au sein d’un service anthropologique du camp du Struthof et régi par la faculté de médecine de Strasbourg. A leur tête, l’anatomiste criminel nazi Herr Professor August Hirt qui a fait venir pour ses expériences des “sujets” depuis Auschwitz. Voici Delmain, à son corps défendant, chargé d’une affreuse besogne, et pas moyen de s’y soustraire : transformer des agonisants en cadavres, passons sur les détails. Pour échapper mentalement à son sort, il écrit dans sa tête.

Des histoires de croisades, de gueux et de soldats de toutes les nations qui montent vers Jérusalem. Et puis, en absolu contraste, nous voici juste avant la guerre sur la Riviera, face aux iles de Lérins. Devant des coupes de champagne, tandis qu’un pianiste joue Bei mir bist du shein, Saül Bernstein (« appelez-moi Paul », private joke), marchand d’art, directeur d’une galerie d’art rue de Seine et Nathalie Gontcharova, peintre, mènent une conversation suave, digne du milieu mondain d’artistes et d’esthètes qui est le leur. Dans quelques semaines, de retour à Paris, il portera l’étoile jaune et pourra se procurer de faux papiers, avant de connaitre le pire… Si le lecteur est un peu désarçonné au début, qu’on n’ait crainte, les fils se nouent finalement en un étrange récit, qui juste l’essentiel, comme si, épousant l’âme du protagoniste revenant après-guerre à la vie civile et traînant une immense culpabilité derrière lui, il optait pour un certain mutisme, la seule dignité dont il puisse encore faire preuve. Quant à l’auteur, sa vie semble tout autant romanesque, quoique moins tragique. Il est né à Paris en 1954. Après de brillantes études (Ecole Normale supérieure), il s’engage dans Tsahal où il devient officier de renseignements militaires. En 1996, il s’installe à Tel Aviv comme marchand de livres anciens.

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Serge
Serge
1 mois il y a

Je pense qu’il s’agit du monsieur qui venait quémander chez mes parents de l’argent pour Israël fin des années 90 mais cela semble contredit par le fait que vous écrivez qu’il était bouquiniste en 1996

Amir
Amir
10 jours il y a

Monsieur Serge,

Il s’agit bien de la même personne.
Une personne intelligente et courtoise.
D’autres avant elle étaient arrogantes et désagréable si elles estimaient que la somme donnée n’était pas suffisante à leur goût. A croire qu’elles étaient commissionnées.
Ma mère a un jour gentiment montré la porte à un de ces délégués. C’était dans les années 80.
Amir T.

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